Amour, péché capital

Rien que tous les deux
Nous serons heureux
Ensemble à Paris
Plus tard au Paradis
 
Luxure au sol
Gourmandise aux mûres
Gourmandise de ravioles
Luxure contre mur
 
Toi et moi
Du mardi au lundi
Du lundi au mardi
Tous les jours, toi et moi
 
Au tourbillon de la vie
Tu crieras ta colère
A cet unique ami célibataire
Tu hurleras ton envie
 
Las, tu bâtiras par avarice
Tu resteras par acédie
Orgueilleux, tu te croiras maudit
Victime de ma malice
 
Mon amour, tu me hais
Mais reste, je t’aime

Rupture citadine

Avec la certitude
De toujours aimer
Lui ou un autre
Que tourne la montre
Ou filent les altitudes
Elle finit par le quitter

Un au revoir définitif
À cet arrêt de métro
Théâtre d’un combat épique
Digne d’une savane d’Afrique
Contre leur amour éruptif
Rugirent les égos

Elle tourna les talons
Animal blessé
Il la vit partir
Sans la retenir
Point de cendrillon
Conte mal achevé

Pluie d’été

Une goutte coule
Lentement sur ma joue
Jusqu’à ma bouche.
Je l’avale.
 
Une deuxième la suit,
S’arrête sur ma fossette
Alors que je souris.
Je l’oublie.
 
Une troisième rejoint
Mon menton
Et glisse au sol.
Je la regarde.
 
Impossible de la distinguer
Parmi toutes ces gouttes
Qui forment une flaque,
Bientôt un fleuve,
Une mer,
Un océan.
 
C’est l’été.
Il pleut.

#Et Maintenant On Va Où : Rencontre avec Amine Slimani et Marin Germain, fondateurs du Lavoir

JEUNES TALENTS – Avant, c’était le temps de l’amour, le temps des copains et de l’aventure. Après, c’est toujours pareil, l’école en moins, le travail en plus. Je vous propose dans la série #Et Maintenant On Va Où, de rencontrer avec moi ces jeunes Marocains vivant en France, tout juste diplômés et qui feront le monde de demain parce qu’ils font déjà celui d’aujourd’hui. Des architectes, des ingénieurs, des musiciens, des jeunes femmes et des jeunes hommes dont les réalisations m’interrogent par les perspectives nouvelles qu’elles proposent. Puissent-elles vous inspirer aussi!

Je vous laisse donc découvrir le premier entretien de la série sur le thème de la création: Mohamed Amine Slimani et Marin Germain, deux amis architectes fondateurs du Lavoir, un atelier d’artistes à Ivry-sur-Seine, près de Paris.

Mohamed Amine Slimani, Marin Germain qui êtes-vous?

Mohammed Amine Slimani, 25 ans, Marocain, né à Casablanca. Je vis à Paris depuis 7 ans et je suis architecte.

Marin Germain, 25 ans, jeune architecte d’origine bordelaise.

Là tout de suite, nous sommes dans un lieu, que je ne connaissais pas et que j’ai découvert il y a deux semaines. Pouvez-vous nous dire où nous sommes?

Amine: Là on est au Lavoir. Le Lavoir, c’est un atelier d’artiste partagé, pour le définir le plus simplement. C’est un vieux bâtiment de 1890 qui est un ancien lavoir du centre et que nous avons réhabilité avec mon meilleur ami Marin Germain et beaucoup d’autres amis qui nous ont aidés. Nous l’avons dessiné au fur et à mesure et aujourd’hui c’est un espace équipé qui accueille les métiers de la création, les artistes.

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© Antoine Pecclet

Comment à 25 ans, jeunes diplômés architectes, crée-t-on un atelier d’artiste à Ivry?

Amine: C’est juste une question de rencontres et de petites actions enchaînées les unes à la suite des autres. Pendant nos études d’architecture avec Marin, nous avons beaucoup travaillé ensemble. Nous étions élèves architectes à l’École Nationale Supérieure d’Architecture Paris Val-de-Seine. Là-bas, on traite très souvent de questions urbaines, de Paris, du Grand Paris… L’école est à la frontière du périphérique, et de l’autre côté des fenêtres, se trouve la ville d’Ivry. La réhabilitation d’espace industriel ou de grands espaces en périphérie sont des exemples que nous avions très, très souvent. Enfin, Marin habitait à Ivry.

Quel était le projet initial? Réhabiliter un espace ou créer un atelier d’artiste? L’espace a-t-il induit le projet ou est-ce le projet qui a décidé l’espace?

Amine: C’était un lieu complètement ouvert, 700 m², quatre murs en pierre et une belle charpente en bois, une lumière et tout est possible dedans, absolument tout avec un cerveau d’architecte un peu créatif. Tout est complètement possible. Cela aurait pu être un musée, une salle de concert, un théâtre. Durant nos études, nous avons été amenés à travailler sur plusieurs disciplines différentes avec des cours de photographie, d’histoire de l’art, de sculptures, des cours de dessin, l’objectif étant de ne jamais se spécialiser et de rester le plus multidisciplinaire possible. C’était clairement une projection de ce que nous voulions faire et ne surtout pas quitter une école à la formation multidisciplinaire pour se spécialiser dans un métier d’architecte dans sa manière la plus courante, mélange entre business, promotion immobilière et architecture.

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© Antoine Pecclet

Ce que vous nous expliquez, c’est que Le Lavoir est aussi du métier d’architecte?

Amine: Cela relève de notre métier d’architecte. On croit avec Marin au Genius Loci, le génie du lieu. Nous avions eu un cours en histoire de l’architecture où nous parlions du génie du lieu. C’est une théorie selon laquelle tout naît d’un lieu. Tu ne vas pas chercher un local pour y ouvrir un salon de coiffure. Techniquement, c’est le lieu qui doit te le chuchoter: “je veux devenir un salon de coiffure”. C’est donc ce lieu qui a donné naissance au Lavoir. Nous voulions au départ tout simplement créer une micro-société d’êtres pluridisciplinaires, les lier entre eux, faire qu’ils travaillent toujours ensemble, qu’ils soient indépendants les uns des autres mais qu’ils puissent ponctuellement se structurer de manière libre et organique. Il y a beaucoup de contraintes mais cela reste une organisation très naturelle.

D’où vous vient cette idée d’organisation? Pourquoi cette envie de faire cohabiter des personnes créatives? Nous parlons là de travail collaboratif, de hiérarchie plate… De quoi parle-t-on?

Marin: Rester surpris et naïf, c’est important. Les gamins apprennent parce qu’ils font des erreurs, parce qu’ils sont assujettis à des situations nouvelles. Nous avons souhaité créer un environnement similaire, un environnement pour nous surprendre.

Amine: C’est pour cela qu’on s’est appelés Les Licornes. Au début, la définition d’une licorne était être humain à fort potentiel créatif et social. Social parce qu’on interagit physiquement et qu’on échange des connaissances techniques tout le temps avec quelqu’un. Quand un artiste est en train de créer, il peut sortir de la société et s’enfermer dans sa bulle. La solitude est d’une certaine façon très liée à la création. L’artiste incompris. Là, c’est un contre-pied de ce qu’est un artiste solitaire qui devient un artiste social, qui va vivre dans une communauté dans laquelle il y a des gens qui réalisent d’autres projets en parallèle de lui. Par défaut, cela questionne.

Comment gérez-vous le besoin de solitude des artistes?

Marin: C’est le rythme du lieu qui bat un peu la balance. Il y a très rarement le même nombre de personnes, il y a souvent des moments où nous sommes cinq dans l’atelier. Nous nous croisons mais de loin puisqu’il y en a qui sont dans le studio son, d’autres dans le laboratoire argentique, un sur le bureau, un sur la mezzanine.

Pourquoi le mot Licorne?

Marin: On voulait que ce soit magique, univers de la surprise, de la naïveté, du truc qui apparaît quand il y a le beau temps et la pluie.

Amine: Mon frère nous avait aussi dit en parlant du Lavoir: “Vous les architectes, vous passez votre temps à fumer des joints et à chasser des licornes”.

Marin: On a su plus tard que la Licorne désignait la startup qui valait 1 million de dollar.

Amine: Mais nous ne faisons pas référence à cela, pas du tout.

Marin: Le projet n’a pas de but mercantile, du tout.

Amine: Ce sont des créatifs qui travaillent avec leurs mains autour de l’objet. C’est un peu l’opposé de tout ce délire qu’il y a aujourd’hui autour de la startup, du pitch.

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© Antoine Pecclet

Comment financez-vous Le Lavoir?

Amine: On pourrait qualifier cela d’auto-gestion. On a une participation de chaque artiste à hauteur des charges du bâtiment, c’est 1/n, n étant le nombre de personnes sur place et qui est fixe, on ne fait pas trop de variation de participation. On arrive quand même tous ensemble à investir dans du matériel et des technologies qu’on ne pourrait pas acheter tous seuls, une machine découpe laser, un fraiseuse CNC acier, une imprimante 3D, une machine de sérigraphie, de l’équipement bois, du matériel de photographie.

Vous êtes anarchistes?

Amine: Non.

Marin: Non, nous ne sommes pas anarchistes. Mais peut-être dans l’anarchie et le bazar, c’est là qu’on trouve tout.

Amine: Dans le désordre, il y a un côté organique à la chose. Marin parle tout le temps du rhizome.

Qu’est-ce qu’un rhizome?

Marin: C’est au départ une racine avec plusieurs branchements. Dans la théorie, cela représente la décomposition de la hiérarchie.

Amine: Tu as plusieurs noyaux qui peuvent créer des choses ensemble. Ensuite, ces noyaux peuvent être indépendants et se ramifier encore après. C’est ce qui se passe au Lavoir. Il y a des phases très créatives d’émulation tous ensemble, d’autres phases plus calmes qui vont au rythme de l’introspection, de la solitude tout aussi créative pour l’artiste.

Ce qui m’a impressionnée, et que j’ai beaucoup aimé, c’est que tout est fait à la main, tout est récupéré dans un joyeux désordre qui rend très bien. Est-ce que la décision est celle de ne pas acheter ou plutôt celle de créer?

Amine: Nous ne récupérons pas tout, nous achetons la matière première, le bois. Nous avons pu récupérer des poutres d’avant. Marin a un idéal de récup’. Il aime prendre le camion pour chercher des objets qu’il trouve sur donnons.org. Nous ne sommes pas dans l’extrême non plus. Ce serait plutôt du réemploi ou de la création à partir de matière première très simple. Nous avons la chance d’être à 300m du plus grand fournisseur de bois d’Ile-de-France. Le choix réel est celui de ne pas faire appel à des personnes extérieures parce que nous considérons que les qualifications sont ici.

Aussi vous construisez et vous déconstruisez en continu, une mezzanine, un escalier, des murs…

Amine: En effet, c’est un projet qui n’a pas été dessiné. Nous savions plus ou moins comment nous pouvions commencer et c’est dans l’action que nous pouvions voir comment cela devait évoluer.

Marin: Au départ, il fallait rendre le bâtiment viable et fonctionnel. Ensuite, nous l’avons vu comme un laboratoire. Nous avons accepté de ne pas savoir.

Quels sont vos filets de sécurité qui vous protègent dans ce contexte fait d’incertitudes?

Marin: Déjà le fait d’être deux. Quel que soit le choix, il est alors de l’ordre de la logique et non du vertigo. Ensuite, sur le plan financier, c’était un investissement sur de la pierre en Ile-de-France, pas loin de Paris, donc nous pouvions toujours retomber sur nos pieds. Enfin, nous avons étudié l’environnement. Nous savions qu’à Paris, il y avait un besoin de rassemblement. Nous voyons du collectif depuis dix ans. Nous voyons des ateliers qui se montent pour le partage des outils et des techniques au service de l’innovation.

Amine: Nous n’avons jamais eu de vraies incertitudes dans le sens où nous y avons toujours cru. Nous laissons aussi les artistes libres de faire évoluer Le Lavoir. Ils n’ont pas besoin de notre aval. Ils en sont tout aussi responsables.

Marin: C’est ce qu’on appelle l’intelligence collective.

Nous avons beaucoup parlé du Lavoir comme un espace de création. Je souhaite en savoir davantage sur votre rapport à l’esthétique du lieu…

Amine: C’est une esthétique fonctionnelle et honnête, propre au bâtiment.

Marin: En symbiose avec le lieu, avec l’esprit atelier, voir le câble électrique qui descend, c’est pédagogique et ludique. Voir l’assemblage de bois et non un mur enduit avec de la peinture, c’est aussi une forme d’éducation.

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© Antoine Pecclet

À combien d’années, de mois, de semaines vous arrivez à vous projeter?

Amine: Le Lavoir, on voudrait que ce soit toujours comme cela. Un espace non corrompu, un outil qui vise, qui crée d’autres projets. Le Lavoir a généré énormément de projets. Il a rallié des personnes qui aujourd’hui collaborent sur des projets hors du Lavoir. Il a été à l’origine de maisons de création et de boîtes de production. L’espace lui-même n’a pas intérêt à se développer vers quelque chose d’autre. Il faut qu’il reste naïf, outil horizontal qui permet l’émergence d’autres projets.

Le Lavoir n’est-il finalement pas à l’image de votre amitié?

Marin: C’est le résultat de notre amitié. Nous ne venons pas des mêmes milieux. Le Lavoir est à l’instar de notre amitié dans le sens où nous sommes différents.

Amine: Si chacun avait fait son lavoir, cela aurait été deux projets complètement opposés. Le mien aurait été tout blanc. Marin ramène toujours des objets qu’il récupère. Et dès qu’il n’est pas là, je les jette (rire)!

Pour finir, dites-moi, de quoi rêvez-vous?

Marin: J’aspire à continuer d’être naïf au regard des disciplines qui m’entourent, continuer à poser des questions comme un gamin qui découvre de nouveaux univers. Bref je rêve de ne jamais arrêter d’apprendre.

Amine: De rester libre. De ne pas avoir à se définir. De ne pas être soumis à quelque ordre qui soit. De vivre ma vie, entouré de personnes intéressantes, qui me poussent à me questionner. Être libre avec des gens libres.

Lettre à un jeune Marocain

“Un homme, ça s’empêche.”, une phrase lourde de sens que nous devons au père d’Albert Camus. Elle nous questionne sur les notions de responsabilité et met à mal nos pulsions de mort, de sexe et de possession. Je peux, mais je dois me retenir si cela fait mal à l’autre. Voyez-vous, la philosophie est une discipline de tous les jours, que l’on exerce à chaque nouvelle situation pour remettre en question nos valeurs et se forger des convictions réfléchies et non héritées d’un temps révolu. Mais voilà une discipline qui n’a plus sa place dans notre pays depuis bien des années maintenant. L’origine du mal est là.

De quoi parle-t-on exactement ? La scène se déroule dans un bus de Casablanca en pleine journée. Les personnages, six adolescents entre 15 et 17 ans et une jeune femme de 24 ans, handicapée mentale. Non, ce n’est pas une sortie de classe, ce n’est pas non plus un gang bang. Il s’agit plutôt d’un film d’horreur. Ils descendent son débardeur, pelotent ses seins, les tètent. L’un retire son t-shirt. Il faut l’émoustiller, une sorte de parade amoureuse vite fait, bien fait. Un autre s’agrippe à elle, par derrière, frottant son pénis à ses fesses. Ils rient, ils blaguent. C’est hilarant. Elle crie, supplie, se débat et continue de marcher vers l’avant du bus, ce que lui dicte son instinct de survie. Personne ne s’interpose. Ou plutôt si, mais en voix off. La voix d’un jeune garçon qui n’apparait pas mais que l’on entend implorer les chasseurs de laisser la biche en vie. C’est cette petite voix d’un gamin qui sans lire Camus, fait preuve d’empathie et de philosophie car même dans les films les plus gores, il nous faut cette petite voix qui rassure avant l’apparition du monstre. Bouh ! Pas d’adulte ? Si, un seul, disons sain d’esprit, le conducteur du bus. La compagnie assurera que rien ne prouve qu’il ne l’ait pas défendu. Vrai. Et puis comment peut-il entendre les hurlements d’une femme dans le brouhaha d’une mégalopole comme Casablanca ? Ce qui est sûr, en tout cas, c’est qu’il n’appellera pas la police. Action.

Des viols, il y en a tous les jours, partout dans le monde. On viole des femmes, des enfants, garçon et fille, des hommes aussi. En France, 98% des viols sont commis par des hommes et 93% des victimes sont des femmes. Je n’ai pas trouvé de chiffres concernant le Maroc. À vrai dire, les pays où l’on note le plus de cas de viols sont paradoxalement les pays où la femme est la plus libre : la Suède, l’Allemagne, la France, le Canada, … Mais ne vous y trompez pas, ce sont là les pays où il est légitime et encouragé de se plaindre à la police. Où la caresse de votre cuisse est considérée comme une agression sexuelle, le refus de porter un préservatif aussi. Le Maroc, longtemps loin de ces questions, protégé par le silence de ses femmes, n’a pas vu venir la révolution digitale et technologique des réseaux sociaux et de la caméra intégrée au smartphone.

Qui est coupable ? D’abord, ces jeunes garçons. Qui est la victime ? La jeune fille. C’est un éclaircissement en réponse aux quelques appels sur les réseaux sociaux à la condamnation de la jeune femme. Je cite : « Au contraire, je pense que c la fille qui devrais être présenter en justice vu ce qu’elle porte comme vêtement de provocatrice et la question qui se pose que fait-elle avec un groupe de garçons derrière un bus. », Art Director Marocain. Cela me rappelle que deux semaines en arrière, j’étais pour la première fois, sur une plage à Barcelone. Des femmes de 35 ans, 40 ans peut-être, nageaient avec leurs enfants, des garçons entre 6 et 9 ans. Elles jouaient avec eux, les portaient sur leur dos, tous riaient aux éclats et semblaient heureux. Cette image m’a marquée car arabe que je suis, j’ai remarqué qu’elles ne portaient que le bas de maillot. Je voyais ces poitrines à l’air et j’attendais une réaction violente. Rien. J’ai trouvé cette scène si belle, pleine de tendresse et de vérité, la vérité des corps nus. Les hommes étaient sur la plage à bronzer. Je n’en ai vu aucun aborder une seule de ses femmes, ni même une autre plus jeune. Je n’ai entendu aucune insulte, je n’ai vu que bienveillance et respect des femmes, des mères et des enfants. Le mot est dit, j’ai vu plus de respect sur cette plage de Barcelone, que je n’en ai vu de toute ma vie au Maroc.

D’autres coupables ? Ces jeunes sont mineurs. Nous sommes donc en droit de se poser cette question. Bien sûr, les parents ont toute la responsabilité de ce que font leurs enfants. Faire des bébés est une lourde responsabilité qui n’est pas à négliger parce qu’alors les enfants des autres en sont les premières victimes. Pendant que la police arrêtait les suspects, la presse demanda aux voisins de réagir. Dédouanant les adolescents, ils voyaient comme principales causes de ce crime, le chaos familial dans lequel ils ont grandi, ainsi que leur consommation quotidienne de psychotropes. Essayons d’avoir une vue macroscopique des analyses du voisinage. Nous sommes des bonnets d’ânes en éducation dans tous les classements mondiaux sur le sujet. Nous sommes, selon les dire de notre ministre de la santé, près de 50% à souffrir de maladies psychiques dans un contexte d’absence totale de psychiatres. D’après la CIA, le trafic de drogue représenterait 23% de notre PIB alors qu’il ne représente pour le même chiffre d’affaires que 3% du PIB mexicain que l’on considère comme un pays sous grande tension des narco-trafiquants. Nos jeunes sont drogués quand ils ne sont pas eux-mêmes des vendeurs de stupéfiants. Bien sûr, il ne faut pas oublier le quatrième facteur, qui est celui d’une religion portée à son extrême rétrograde, conservateur et conquérant, wahhabite. Faut-il rappeler que les marocains étaient entre 2015 et 2016 la deuxième nationalité à commettre des attentats suicide au nom de Daesh. Avec les derniers événements de 2017, je pense que nous pourrons prétendre à la première place. Alors, une fois ce constat fait, comment pouvons-nous penser que les femmes pourront se libérer du patriarcat pour vivre en paix les seins nus sur les plages publiques de Dakhla. Si ce n’est l’ignorant, ce sera le fou, si ce n’est le fou, ce sera le drogué, si ce n’est le drogué, ce sera l’extrémiste religieux qui la violera. Ou peut-être les quatre fantastiques incarnés en un seul homme.

Pour ceux qui lisent cet article, je vous prie de m’excuser. Je vous prie de m’excuser de partager avec vous de tels atrocités. De penser notre présent en noir. Mais comme dit mon père, être une femme est un malheur. À s’acharner sur les femmes, notre pays et le monde avec, se prive de ce qu’il y a de plus beau, la sensualité des corps féminins et la tendresse de leur être.

Rappelez-vous que la vie est seule sacrée et que ce qui donne cette vie, ce n’est pas la côte d’Adam mais le vagin de Mahjouba et ce qui la nourrit une fois au monde, ce sont les seins de Jamila. Alors, s’il y a un corps à respecter, c’est bien celui de Saida. Pour ce faire, un homme ça s’empêche.

Mon amitié et ma tendresse,

Hajar

Image : copyright Sami Ameur

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