Journal d’une confinée #1

Dimanche 22 mars 2020 – Puteaux

De ma fenêtre, c’est grand soleil. Il fait beau dehors. Installée sur mon canapé, je bois mon thé et j’attends que mon amoureux se réveille. Les bourgeons de mon orchidée s’apprêtent à éclore. La nature sait se montrer généreuse, de vie et de beauté. Un dimanche comme on les rêve.

Pourtant, aux dernières nouvelles, le monde va mal. Il ne fait pas pire d’être aujourd’hui plutôt qu’hier certes, mais l’air est anxiogène. Une angoisse nous guette voire nous atterre. Parfois, il fait dix degrés Celsius mais on annonce cinq de ressenti. A vrai dire, des morts, il y en a tous les jours, des humains qui meurent de la grippe, de cancer, de crises cardiaques et même de lassitude. Je lis que 160 000 personnes décèdent tous les jours, dont 25 000 de faim. Et pourtant, l’annonce des 800 morts du Coronavirus en Italie pour la seule journée d’hier me donne la chair de poule. Les courbes du nombre d’individus infectés et décédés en France suivent la même tendance que celles de l’Italie à quelques jours près. Pire que la prémonition, la tendance statistique. Morphée, Dieu des rêves prophétiques doit être effaré par de telles précisions.

Depuis quelques jours, je visite quotidiennement la page Statista pour suivre le nombre d’infectés et le nombre de mort par pays. Un autre site propose même une carte du monde noire, contexte oblige, avec des bulles rouges proportionnelles aux nombres de malades. Le virus se propage, il est en nous. Nous sommes les vecteurs de son déplacement et de sa transmission. Nous contribuons par nos trajets et nos rencontres à la contamination et aux décès de personnes âgées et des plus fragiles. Tragique. Depuis, le diagnostic est fait et l’ordonnance stipule le confinement de tous. un septième de la population mondiale assigné à domicile. Nous, moi, y compris.

Au Maroc, l’Etat se prépare au scénario catastrophe. Dès le septième cas identifié, le pays ferma toutes ses liaisons terrestres, maritimes et aériennes avec l’Espagne qui voyait alors sa courbe de contamination s’envoler. Dans les vingt-quatre heures qui suivirent, il coupa ses liaisons avec la France puis avec plus de vingt-et-un pays européens. Ecoles, restaurants et autres lieux de rencontres et de commerce considérés comme non essentiels fermèrent à leur tour. L’exact plan d’action mis en place par la France à son six millième cas et cent quarantième morts. Le Maroc sait que son système médical ne résisterait pas, le régime en place non plus. Des années que la santé est sur le banc de touche, soit on avait les moyens de payer les soins d’une clinique privée, soit l’on mourrait dans le couloir froid d’un hôpital publique dépourvu de moyens, de médecins et d’infirmiers. Nous remercions tout de même l’Etat marocain d’avoir fait preuve d’honnêteté et de ne pas avoir fait la politique de l’Autruche le jour de la vérité venue : “Rentrez Chez Vous, le système de santé est HS”. Nombreux ont approuvé le bon sens et respecté les ordres. D’autres, des jeunes brebis galeuses ont choisi de défier l’Etat d’urgence sanitaire et les officiels qu’elles méprisent pour manifester simultanément dans quatre villes du Royaume. Ils ont ainsi répondu à l’appel lancé par un charlatan salafiste pour invoquer en masse Dieu et son prophète et demander la rédemption. La fermeture des mosquées est semble-t-il mal passée. Qu’advienne que pourra, la France a Pasteur, eux ont Dieu. Après la santé, l’Etat avait aussi abandonné l’éducation au privé. Ses enfants le lui rendent bien. Pour voir le verre à moitié plein, disons que l’Etat a investi massivement, dans l’armée, la gendarmerie et la police. Ils répondent donc aujourd’hui présents et nous leur en sommes gré.

La France n’est pas en reste. Pays dit développé, sixième puissance mondiale, à laquelle il manque des respirateurs et des masques, à laquelle il manque surtout des hommes politiques à la hauteur qui aiment leur pays plus que les marchés financiers et les diners mondains. Philippe Juvin, chef de services des urgences qui semblait encore serein il y a quelques jours sur le plateau de C Dans L’Air sur France 5, explique au journal de 20H de TF1 le 19 mars exactement, que “la situation est absolument atterrante” et qu’il “ne comprend pas comment on a pu en arriver là.” Il s’étonnait qu’il n’y ait pas assez de masques pour les soignants. Il concluait ainsi que l’économie de santé française était une économie de pays sous développé. Une succession de gouvernements avec comme horizon indépassable les économies budgétaires ont mis à mal l’un des meilleurs systèmes de santé au monde. Des ingénieurs industriels comme moi, biberonnés au Lean Management, étaient dans les hôpitaux et dans les ministères pour identifier les économies, les stocks et les lits en trop, pour optimiser les processus et rendre l’hôpital efficient. Beaucoup d’incompétence et d’ignorance face au bon sens … Je me souviens encore de la grève des urgentistes il y a quelques mois. Personne ne les a écoutés. Serions-nous sourds ou cyniques? Ce n’est pas faute d’avoir crié au loup. Maintenant, nous les applaudissons car ils sont notre seul salut. Dans la fable de la Fontaine, la fourmi fait des provisions pour l’hiver pendant que la cigale chante. En France, les fourmis travaillent l’été pour que les hyènes chantent l’hiver. Les français, après avoir payé leurs impôts se retrouvent alors nus sans masque, ni respirateur …

Cette crise sanitaire révèle les failles de chaque pays. L’autoritarisme du parti communiste chinois qui a, les premières semaines, enfoui la tête dans le sable et coupé celles de médecins et autres lanceurs d’alerte, préférant un semblant de maîtrise à la vérité et qui laissa échapper notre seule chance d’endiguer ce virus à ses prémisses. La marche en avant vers le profit et le libéralisme effronté de la France, qui a eu tout le temps de prévoir et d’agir de façon proactive, grâce au cas chinois puis italien et qui n’a simplement rien fait. Un Etat Marocain enfin exemplaire car pétrifié par tout ce qui lui manque, ayant chanté des lendemains heureux quarante ans durant.

L’espèce humaine survivra au Coronavirus comme elle a survécu à la Peste, à la Grippe Espagnole, au SARS de 2003, aux famines et aux suicides. Nous sommes sept milliards, rappelons nous. Toutefois, il est dommage que les événements s’enchainent de la sorte, avec autant de cynisme et aussi peu de preuve d’humanisme et d’intelligence mise au service du collectif. Notre espèce ne mourra pas du Coronavirus mais elle disparaitra un jour. C’est un fait et nous ne serons pas là pour le vérifier. Entre temps, nous pouvons faire preuve de bon sens et d’empathie. Nous pourrions faire ensemble le choix de l’essentiel : de la santé et de l’éducation pour tous. Ce n’est pas et ce ne sera évidemment pas le choix de nos dirigeants et de nos élites ni maintenant, ni après la crise. Car après, ce sera l’euphorie de la relance économique et il nous faudra beaucoup de parfums pour oublier l’odeur de nos morts.

Pour ma part, après ces quelques mots, je reviens à ma vie de confinée bienheureuse, attendant qu’enfin mon orchidée m’offre le spectacle de ses délicates fleurs blanches.

Hajar El Hanafi,

Créatrice de Contre Temps et officiellement confinée chez moi depuis le 17 mars 2020

#Et Maintenant On Va Où : Rencontre avec Amine Slimani et Marin Germain, fondateurs du Lavoir

JEUNES TALENTS – Avant, c’était le temps de l’amour, le temps des copains et de l’aventure. Après, c’est toujours pareil, l’école en moins, le travail en plus. Je vous propose dans la série #Et Maintenant On Va Où, de rencontrer avec moi ces jeunes Marocains vivant en France, tout juste diplômés et qui feront le monde de demain parce qu’ils font déjà celui d’aujourd’hui. Des architectes, des ingénieurs, des musiciens, des jeunes femmes et des jeunes hommes dont les réalisations m’interrogent par les perspectives nouvelles qu’elles proposent. Puissent-elles vous inspirer aussi!

Je vous laisse donc découvrir le premier entretien de la série sur le thème de la création: Mohamed Amine Slimani et Marin Germain, deux amis architectes fondateurs du Lavoir, un atelier d’artistes à Ivry-sur-Seine, près de Paris.

Mohamed Amine Slimani, Marin Germain qui êtes-vous?

Mohammed Amine Slimani, 25 ans, Marocain, né à Casablanca. Je vis à Paris depuis 7 ans et je suis architecte.

Marin Germain, 25 ans, jeune architecte d’origine bordelaise.

Là tout de suite, nous sommes dans un lieu, que je ne connaissais pas et que j’ai découvert il y a deux semaines. Pouvez-vous nous dire où nous sommes?

Amine: Là on est au Lavoir. Le Lavoir, c’est un atelier d’artiste partagé, pour le définir le plus simplement. C’est un vieux bâtiment de 1890 qui est un ancien lavoir du centre et que nous avons réhabilité avec mon meilleur ami Marin Germain et beaucoup d’autres amis qui nous ont aidés. Nous l’avons dessiné au fur et à mesure et aujourd’hui c’est un espace équipé qui accueille les métiers de la création, les artistes.

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© Antoine Pecclet

Comment à 25 ans, jeunes diplômés architectes, crée-t-on un atelier d’artiste à Ivry?

Amine: C’est juste une question de rencontres et de petites actions enchaînées les unes à la suite des autres. Pendant nos études d’architecture avec Marin, nous avons beaucoup travaillé ensemble. Nous étions élèves architectes à l’École Nationale Supérieure d’Architecture Paris Val-de-Seine. Là-bas, on traite très souvent de questions urbaines, de Paris, du Grand Paris… L’école est à la frontière du périphérique, et de l’autre côté des fenêtres, se trouve la ville d’Ivry. La réhabilitation d’espace industriel ou de grands espaces en périphérie sont des exemples que nous avions très, très souvent. Enfin, Marin habitait à Ivry.

Quel était le projet initial? Réhabiliter un espace ou créer un atelier d’artiste? L’espace a-t-il induit le projet ou est-ce le projet qui a décidé l’espace?

Amine: C’était un lieu complètement ouvert, 700 m², quatre murs en pierre et une belle charpente en bois, une lumière et tout est possible dedans, absolument tout avec un cerveau d’architecte un peu créatif. Tout est complètement possible. Cela aurait pu être un musée, une salle de concert, un théâtre. Durant nos études, nous avons été amenés à travailler sur plusieurs disciplines différentes avec des cours de photographie, d’histoire de l’art, de sculptures, des cours de dessin, l’objectif étant de ne jamais se spécialiser et de rester le plus multidisciplinaire possible. C’était clairement une projection de ce que nous voulions faire et ne surtout pas quitter une école à la formation multidisciplinaire pour se spécialiser dans un métier d’architecte dans sa manière la plus courante, mélange entre business, promotion immobilière et architecture.

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© Antoine Pecclet

Ce que vous nous expliquez, c’est que Le Lavoir est aussi du métier d’architecte?

Amine: Cela relève de notre métier d’architecte. On croit avec Marin au Genius Loci, le génie du lieu. Nous avions eu un cours en histoire de l’architecture où nous parlions du génie du lieu. C’est une théorie selon laquelle tout naît d’un lieu. Tu ne vas pas chercher un local pour y ouvrir un salon de coiffure. Techniquement, c’est le lieu qui doit te le chuchoter: “je veux devenir un salon de coiffure”. C’est donc ce lieu qui a donné naissance au Lavoir. Nous voulions au départ tout simplement créer une micro-société d’êtres pluridisciplinaires, les lier entre eux, faire qu’ils travaillent toujours ensemble, qu’ils soient indépendants les uns des autres mais qu’ils puissent ponctuellement se structurer de manière libre et organique. Il y a beaucoup de contraintes mais cela reste une organisation très naturelle.

D’où vous vient cette idée d’organisation? Pourquoi cette envie de faire cohabiter des personnes créatives? Nous parlons là de travail collaboratif, de hiérarchie plate… De quoi parle-t-on?

Marin: Rester surpris et naïf, c’est important. Les gamins apprennent parce qu’ils font des erreurs, parce qu’ils sont assujettis à des situations nouvelles. Nous avons souhaité créer un environnement similaire, un environnement pour nous surprendre.

Amine: C’est pour cela qu’on s’est appelés Les Licornes. Au début, la définition d’une licorne était être humain à fort potentiel créatif et social. Social parce qu’on interagit physiquement et qu’on échange des connaissances techniques tout le temps avec quelqu’un. Quand un artiste est en train de créer, il peut sortir de la société et s’enfermer dans sa bulle. La solitude est d’une certaine façon très liée à la création. L’artiste incompris. Là, c’est un contre-pied de ce qu’est un artiste solitaire qui devient un artiste social, qui va vivre dans une communauté dans laquelle il y a des gens qui réalisent d’autres projets en parallèle de lui. Par défaut, cela questionne.

Comment gérez-vous le besoin de solitude des artistes?

Marin: C’est le rythme du lieu qui bat un peu la balance. Il y a très rarement le même nombre de personnes, il y a souvent des moments où nous sommes cinq dans l’atelier. Nous nous croisons mais de loin puisqu’il y en a qui sont dans le studio son, d’autres dans le laboratoire argentique, un sur le bureau, un sur la mezzanine.

Pourquoi le mot Licorne?

Marin: On voulait que ce soit magique, univers de la surprise, de la naïveté, du truc qui apparaît quand il y a le beau temps et la pluie.

Amine: Mon frère nous avait aussi dit en parlant du Lavoir: “Vous les architectes, vous passez votre temps à fumer des joints et à chasser des licornes”.

Marin: On a su plus tard que la Licorne désignait la startup qui valait 1 million de dollar.

Amine: Mais nous ne faisons pas référence à cela, pas du tout.

Marin: Le projet n’a pas de but mercantile, du tout.

Amine: Ce sont des créatifs qui travaillent avec leurs mains autour de l’objet. C’est un peu l’opposé de tout ce délire qu’il y a aujourd’hui autour de la startup, du pitch.

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© Antoine Pecclet

Comment financez-vous Le Lavoir?

Amine: On pourrait qualifier cela d’auto-gestion. On a une participation de chaque artiste à hauteur des charges du bâtiment, c’est 1/n, n étant le nombre de personnes sur place et qui est fixe, on ne fait pas trop de variation de participation. On arrive quand même tous ensemble à investir dans du matériel et des technologies qu’on ne pourrait pas acheter tous seuls, une machine découpe laser, un fraiseuse CNC acier, une imprimante 3D, une machine de sérigraphie, de l’équipement bois, du matériel de photographie.

Vous êtes anarchistes?

Amine: Non.

Marin: Non, nous ne sommes pas anarchistes. Mais peut-être dans l’anarchie et le bazar, c’est là qu’on trouve tout.

Amine: Dans le désordre, il y a un côté organique à la chose. Marin parle tout le temps du rhizome.

Qu’est-ce qu’un rhizome?

Marin: C’est au départ une racine avec plusieurs branchements. Dans la théorie, cela représente la décomposition de la hiérarchie.

Amine: Tu as plusieurs noyaux qui peuvent créer des choses ensemble. Ensuite, ces noyaux peuvent être indépendants et se ramifier encore après. C’est ce qui se passe au Lavoir. Il y a des phases très créatives d’émulation tous ensemble, d’autres phases plus calmes qui vont au rythme de l’introspection, de la solitude tout aussi créative pour l’artiste.

Ce qui m’a impressionnée, et que j’ai beaucoup aimé, c’est que tout est fait à la main, tout est récupéré dans un joyeux désordre qui rend très bien. Est-ce que la décision est celle de ne pas acheter ou plutôt celle de créer?

Amine: Nous ne récupérons pas tout, nous achetons la matière première, le bois. Nous avons pu récupérer des poutres d’avant. Marin a un idéal de récup’. Il aime prendre le camion pour chercher des objets qu’il trouve sur donnons.org. Nous ne sommes pas dans l’extrême non plus. Ce serait plutôt du réemploi ou de la création à partir de matière première très simple. Nous avons la chance d’être à 300m du plus grand fournisseur de bois d’Ile-de-France. Le choix réel est celui de ne pas faire appel à des personnes extérieures parce que nous considérons que les qualifications sont ici.

Aussi vous construisez et vous déconstruisez en continu, une mezzanine, un escalier, des murs…

Amine: En effet, c’est un projet qui n’a pas été dessiné. Nous savions plus ou moins comment nous pouvions commencer et c’est dans l’action que nous pouvions voir comment cela devait évoluer.

Marin: Au départ, il fallait rendre le bâtiment viable et fonctionnel. Ensuite, nous l’avons vu comme un laboratoire. Nous avons accepté de ne pas savoir.

Quels sont vos filets de sécurité qui vous protègent dans ce contexte fait d’incertitudes?

Marin: Déjà le fait d’être deux. Quel que soit le choix, il est alors de l’ordre de la logique et non du vertigo. Ensuite, sur le plan financier, c’était un investissement sur de la pierre en Ile-de-France, pas loin de Paris, donc nous pouvions toujours retomber sur nos pieds. Enfin, nous avons étudié l’environnement. Nous savions qu’à Paris, il y avait un besoin de rassemblement. Nous voyons du collectif depuis dix ans. Nous voyons des ateliers qui se montent pour le partage des outils et des techniques au service de l’innovation.

Amine: Nous n’avons jamais eu de vraies incertitudes dans le sens où nous y avons toujours cru. Nous laissons aussi les artistes libres de faire évoluer Le Lavoir. Ils n’ont pas besoin de notre aval. Ils en sont tout aussi responsables.

Marin: C’est ce qu’on appelle l’intelligence collective.

Nous avons beaucoup parlé du Lavoir comme un espace de création. Je souhaite en savoir davantage sur votre rapport à l’esthétique du lieu…

Amine: C’est une esthétique fonctionnelle et honnête, propre au bâtiment.

Marin: En symbiose avec le lieu, avec l’esprit atelier, voir le câble électrique qui descend, c’est pédagogique et ludique. Voir l’assemblage de bois et non un mur enduit avec de la peinture, c’est aussi une forme d’éducation.

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© Antoine Pecclet

À combien d’années, de mois, de semaines vous arrivez à vous projeter?

Amine: Le Lavoir, on voudrait que ce soit toujours comme cela. Un espace non corrompu, un outil qui vise, qui crée d’autres projets. Le Lavoir a généré énormément de projets. Il a rallié des personnes qui aujourd’hui collaborent sur des projets hors du Lavoir. Il a été à l’origine de maisons de création et de boîtes de production. L’espace lui-même n’a pas intérêt à se développer vers quelque chose d’autre. Il faut qu’il reste naïf, outil horizontal qui permet l’émergence d’autres projets.

Le Lavoir n’est-il finalement pas à l’image de votre amitié?

Marin: C’est le résultat de notre amitié. Nous ne venons pas des mêmes milieux. Le Lavoir est à l’instar de notre amitié dans le sens où nous sommes différents.

Amine: Si chacun avait fait son lavoir, cela aurait été deux projets complètement opposés. Le mien aurait été tout blanc. Marin ramène toujours des objets qu’il récupère. Et dès qu’il n’est pas là, je les jette (rire)!

Pour finir, dites-moi, de quoi rêvez-vous?

Marin: J’aspire à continuer d’être naïf au regard des disciplines qui m’entourent, continuer à poser des questions comme un gamin qui découvre de nouveaux univers. Bref je rêve de ne jamais arrêter d’apprendre.

Amine: De rester libre. De ne pas avoir à se définir. De ne pas être soumis à quelque ordre qui soit. De vivre ma vie, entouré de personnes intéressantes, qui me poussent à me questionner. Être libre avec des gens libres.

Clap de fin

Le soleil à l’azur, l’horloge sonna le midi. La cloche de l’église aussi. Ils avaient fermé les rideaux de la chambre mais un filet de lumière leur avait échappé pour éclairer le visage de la dame allongée sur le lit. Peut-être avaient-ils peur que cette lumière ne la fasse plus vieille qu’elle ne l’était déjà.

De son oreiller, elle pouvait encore entendre la télévision allumée dans le salon. Elle reconnaissait Hercule Poirot, sur France 2. C’était la scène finale, la scène de vérité. Il rappelait comment tous étaient suspects quand un seul était coupable. C’était le cousin germain qui avait assassiné la tante, froidement. Une sombre histoire d’héritage.

Le détective quitta la pièce, remit sa moustache en place et sourit à la caméra. Personne ne résiste aux petites cellules grises d’Hercule Poirot ! Clap de fin. Elle ferma les yeux. Elle pouvait mourir en paix.

Comment définir une économie durable ?

[Suite de “L’économie collaborative, meilleure solution pour une économie durable?”]

Nous ne sommes pas des commerçants, nous ne sommes pas des acheteurs ni des vendeurs. Nous ne sommes pas les acteurs d’un marché mondial de biens et de services. Nous sommes, comme l’énonce si bien Nicolas Hulot, « la partie consciente de la nature ». Nous sommes une espèce vivante capable de vivre son présent à l’éclairage de son passé et en prévision de son avenir. Nous sommes des êtres conscients et l’économie en est une incarnation, une représentation.

Je propose que l’on réfute l’idée d’une économie des faits, une science désincarnée et intrinsèquement juste. Dans la vie, tout est hypothèse. La science est une longue histoire d’hypothèses et de rectifications, elle est aussi la plus longue et la plus belle histoire de collaborations et de partage. Il n’y a pas un algorithme qui soit du fait d’un seul homme. Sans Pythagore et Pascal, Einstein ne peut être. Il doit en être de même de l’économie.

Une économie durable est une économie qui prend en considération les principes humains et humanistes et qui cherche à rectifier ses hypothèses avec comme visée principale, celle du bien commun. Visée qui ne peut s’atteindre que dans le long terme. Une économie durable est une économie du long terme et de la vision. Voyez-vous, la fusée est, il est vrai, le fruit de la guerre froide et de la course à l’armement mais je préfère m’en rappeler comme le drôle de rêve de Jules Verne, un écrivain visionnaire.

Une économie durable est celle de la diversité des solutions, du compromis et de la solidarité, aux antipodes du Trading Haute Fréquence. Le compromis et le consensus s’appliquent sur les solutions et jamais sur les valeurs ni sur la vision.

Enfin, l’économie durable doit servir l’idéal démocratique. Lorsqu’elle est l’alliée de dictatures ou de monarchies aux idéologies sectaires, lorsqu’elle est l’alliée des puissants et des oligarques, elle ne sert qu’elle-même, elle ne sert que ses indicateurs chiffrés. L’humain se retire, la machine prend le relais annonçant la défaite suprême de la pensée.

Pour un idéal français qui se soucie du réel

Ce texte est le résultat de ma participation au concours La Parole Aux Etudiants organisé par Le Cercle des Économistes.

http://lesrencontreseconomiques.fr/2016/resultats-de-lappel-a-idees-2016/

En 1989, le mur de Berlin s’effondre, avec lui l’URSS. L’idée d’un monde nouveau de liberté et d’innovations s’installe dans les esprits. Les progrès sociaux et technologiques donnent l’impression d’une corrélation intrinsèque. Le 11 septembre 2001 sonne le glas de ce rêve asymétrique et rappelle au monde les mondes divers, violents et parfois culturellement opposables qui le font et ont le pouvoir de le défaire. L’invasion de l’Irak en 2003 démarre l’aube de nos heures sombres. 500000 morts plus tard, la pelote moyen-orientale ne se démêle plus.

Aux temps moyen-âgeux de la guerre répond le temps supersonique de la nouvelle ère de l’information. En 1999, Google gère 3 millions de requêtes journalières contre 3 milliards aujourd’hui. En 2007, elle est rejointe par Facebook dans la course à la disruption des modes d’accès et d’échange de l’information. La même année, Lehman Brothers entraîne dans sa chute les marchés américains, puis européens et enfin mondiaux. Jamais les élites défaillantes n’ont été autant médiatisées et jamais les sentiments d’impunité et d’injustice n’ont été aussi partagés. Les sociétés sont à leur tour ébranlées. Là où nous avons espoir de pensées, nous retrouvons populisme, fait religieux, patriarcat et nihilisme publicitaire. Jeunes et moins jeunes, où qu’ils soient du monde moderne, sont las de réfléchir.

Voici l’épopée de l’époque contemporaine : révolution de l’information, avancées importantes des droits civiques et victoire de l’économie de marché. “Et maintenant on va où “? Nos interrogations défilent dans ma tête. Que va-t-il advenir de l’homme une fois l’automatisation du travail achevée ? Pensez-vous qu’il y ait choc de civilisations ? Ou bien sommes-nous seulement contraints de vivre sous violences terroristes ? Et surtout, que va-t-il advenir de la Femme, première victime de la précarité, du fait religieux et du populisme ?

Alors que pouvons-nous attendre de la France dans ce monde de turbulences ? Que doit-elle à son peuple ? Que doit-elle au reste du monde ? L’histoire et l’expérience de la vie montrent qu’il n’y a rien à attendre de personne, il y a à faire. Qu’avons-nous donc à proposer à la France ?

 

Douce France

J’ai eu la chance de rencontrer la France très jeune. J’avais huit ans, c’était au Maroc à l’école, j’ai appris ma première balade, Douce France. Ce n’était pas le pays de mon enfance mais celui de mes escapades. J’ai réussi quelques années plus tard, le test d’entrée en 6ème du lycée français de Casablanca. Ce fut absolument incroyable, cette impression chaque matin de traverser les frontières de l’espace, du temps et de l’esprit. Cosette, Meursault, Emma Bovary et Julien Sorel éveillent votre conscience sociale ; la Révolution Française, l’Humanisme du XVème siècle et les affreuses guerres -mondiales et de décolonisation- construisent votre engagement politique. Les philosophes des Lumières m’ont bouleversée, Jules Ferry m’a trahie et c’est comme cela que j’ai aimé la France passionnément, à la folie.

 

Bonjour Tristesse

Plus tard, pendant mes années préparatoires en France, j’ai découvert une France qui a peur. 2011, la crise bat son plein et personne n’est d’accord. Là-bas c’est quand même mieux qu’ici, ici c’est quand même meilleur que là-bas. Et avant alors ? Avant c’est tout de même moins bien qu’après, après c’est pire qu’avant ! J’ai entendu des débats stériles alors que de l’autre côté de la Méditerranée se jouait un certain avenir du monde. La France voulait croire après des siècles de voyages, de rencontres et de colonialisme, que tout cela ne la concernait pas. Le American Dream, certains le rêvaient en France. Résoudre les problèmes par les bombes paraissait une bonne solution. La Silicon Valley semblait aussi une curiosité imprévue, un miracle américain. Pourtant tout l’avait préparée, tout y avait contribué : les recherches scientifiques depuis l’antiquité, les courses à l’armement du XXème siècle, l’empire communiste chinois, l’Inde (nouveau bureau du monde), les inégalités résultant de la mondialisation, enfin l’explosion de l’exploitation des énergies fossiles arabes et des mines africaines… Au même moment, la France voulait croire que le réveil identitaire sauverait son honneur. Bonjour Tristesse. Je ne l’ai pas lu, mais je l’ai pensé fort.

 

Candide

Tout ne va pas bien dans le meilleur des mondes. Le World Happiness Report a livré il y a quelques jours son classement des pays les plus heureux. La France y est 32ème. Depuis le premier rapport en 2012, elle a perdu 9 places. Les pays qui la devancent sont occidentaux, avec des régimes démocratiques et économiquement stables et riches, mais pas forcément plus riches que la France, VIème puissance mondiale. Suffira-t-il de baisser la courbe du chômage pour retrouver le sourire? Mis à part celui du président, je n’en suis que peu sure. Est heureux celui qui réalise sa destinée.

La France, qu’est-ce que c’est ? C’est une histoire, liée à une première civilisation, celle du roi Clovis et de Sainte Geneviève, suivi des Lumières et de la Révolution Française, constituée par des Républiques, un empire colonial africain et des guerres violentes. C’est aussi un système de valeur qui tient au présent : Liberté, Egalité, Fraternité. Je rajouterai comme le fait toujours le philosophe Michel Onfray, Laïcité et Féminisme. Les pays nordiques trouvent leur bonheur dans le progressisme et le désengagement du monde. Les pays anglo-saxons l’entretiennent par l’impérialisme libéral. Et si la France décidait de réaliser son bonheur par le progressisme social et l’engagement pour et dans le monde(1). Candide s’échappe de la réalité brutale en se retirant dans son jardin, Voltaire fera de même en Suisse. Faut-il suivre l’exemple ? Je pense à mon séjour à Pondichéry, ancien comptoir français. Encore une fois, en m’y baladant, j’étais tombée en amour pour la France, celle qui sublime ce qu’elle n’est profondément pas. Cultiver son jardin et explorer puis célébrer des parcs floraux et des forêts luxuriantes loin de ses terres, c’est possible aussi, n’est-ce pas? La réalisation de sa destinée, Liberté, Egalité, Fraternité, Laïcité et Féminisme sera seule garante du bonheur de la France(2).

 

Ethique pour la visée d’une vie accomplie

La même étude sur le bonheur commandée par l’ONU indiquait des axes d’amélioration : l’éthique laïque et le développement durable.

Paul Ricoeur écrit dans Soi-même Comme Un Autre : “C’est donc par convention que je réserverai le terme d’éthique pour la visée d’une vie accomplie et celui de la morale pour l’articulation de cette visée dans des normes”. L’éthique est en réalité Révolution, elle agit comme coupure pour faire naître le nouveau monde, c’est ma théorie. Elle le fait par le questionnement continu et transdisciplinaire des problématiques posées à une société. Innovation et Révolution ne sont pas dans la découverte scientifique ou économique ni même dans la découverte intellectuelle, mais dans l’usage protecteur ET libérateur qu’il en est fait.

Entre Tu ne tueras point, tu prieras et Tu ne tueras point, tu achèteras, il y a une alternative : Tu ne tueras point, tu vivras. Vivre c’est faire l’expérience sensible de la vie sans oublier de la penser. Aujourd’hui, la politique est devenue communicante, le public, administratif et l’économie, ensemble de faits et se sont échappés à la pensée. La France que je connais, s’arrache de sa condition et tue le père. Elle coupe la tête du roi en 1793, se sépare définitivement du pape en 1905 et provoque la démission en 1969 de celui qui a sauvé son honneur en 1945. Je ne vois pas d’autre terre mieux préparée à l’éthique laïque, en fera-t-elle le pari ?(3).

Imaginons ensemble une France où des groupes d’employés ou de citoyens sont tirés au sort pour prendre les décisions impliquant le commun. Imaginons ensemble une France où des comités d’éthique indépendants, composés d’individus de parcours divers, nuancent les décisions de tel ou tel groupe industriel devant la loi et les médias. Enfin, imaginons ensemble une France où partout les philosophes animent chaque dimanche après-midi au sein d’une agora des débats économiques et sociétaux. Il s’agit de mettre à mal l’expertise au profit de la pensée transdisciplinaire et le schéma maître élève pour un partage horizontal et consensuel de l’information. En décentralisant les prises de décisions, en mettant à plat les systèmes hiérarchiques et faisant appel à l’intelligence collective et singulière, l’éthique laïque transformerait la société française pour une plus grande confiance dans les institutions et dans l’avenir. Ce serait l’occasion pour La France d’impulser une nouvelle ère européenne, celle des Lumières(4).

 

L’Origine du Monde

J’aime ce tableau de Courbet. J’aime ses formes généreuses, le sein timide, le pubis effronté, sa pilosité adulte assumée et le visage caché. C’est l’une des plus belles célébrations du plaisir. J’aime savoir qu’il est exposé dans la ville où j’habite, au musée d’Orsay à Paris. Je rejoins l’actrice iranienne Golshifteh Farahani quand elle explique que «Paris est le seul endroit de la planète où les femmes ne sont pas coupables.» Voici quelque chose de précieux à préserver.

Deux problématiques féministes majeures attirent mon attention : la précarité financière et la violence physique, toutes deux subies par les femmes. Les femmes sont de plus en plus éduquées et ont en moyenne un meilleur accès au monde du travail, seulement, elles sont toujours en première ligne dès qu’il y a une crise économique. La robotisation du travail n’arrange en rien leur situation. Les premiers emplois à disparaître sont administratifs, emplois essentiellement féminins. Enfin à la maison et rien qu’en France, les femmes travaillent 10 à 12h de plus que les hommes. Par ailleurs, l’ONU estime que, dans le monde, une femme sur cinq sera victime de viol ou de tentative de viol au cours de sa vie. Les viols et les attouchements sont subis très jeunes pour certaines, et plus tard pour d’autres, souvent infligés par le conjoint lui-même. Les femmes s’inquiètent de voyager seules par peur des prédateurs. Si ce n’était que cela… Les “Fantine” existent toujours, les “Cosette” aussi, en France et partout sur la planète. Nous sommes des lions et nous aurions pu être des manchots empereurs.

Liberty and Education are the girls best friends ! Et nous avons besoin de voix pour défendre cette vision sur la scène internationale. Une politique étrangère féministe à la suédoise serait très bienvenue. La France et la Suède construiraient le noyau dur de l’Europe féministe(5) et apporterait un meilleur équilibre des voix entre pro et anti-féministes dans le monde. On en est encore loin car cela nécessite une exemplarité interne tout aussi souhaitable mais qui suppose une large adhésion des politiques majoritairement masculins et plutôt insensibles à la douleur féminine.

 

Résidents de la République

Insensibles, ne le sommes-nous pas tous un peu ? Face aux drames des réfugiés syriens et des migrants économiques illégaux, face aux difficultés des plus pauvres en France, face au travail des enfants en Chine et à la mort des mineurs congolais pour la fabrique de nos smartphones… Résilience et épuissement de la compassion. Enfin, quelque chose me retourne l’estomac, les attentat de Paris. 130 morts plus tard, nous nous demandons ce qui s’est bien passé pour en arriver là. Malheur à nous !

“Aujourd’hui, nos regards sont suspendus

Nous Résidents de la République.“

Engagés plus haut pour l’éthique laïque, le féminisme et l’Europe des Lumières, il est le moment de penser l’économie. Le capitalisme c’est la séparation du travail et du capital. L’argent rapporte de l’argent à celui qui possède les moyens de production. L’humain chargé de tourner les machines est salarié. Le travail a donc pour finalité d’augmenter le profit. Le libéralisme économique suppose l’économie de marché, c’est à dire une régulation déterminée uniquement par l’offre et la demande. Le libéralisme politique prône pour sa part la liberté des individus et contraint le politique à ses fonctions régaliennes. Le cocktail entre capitalisme et libéralisme est détonnant. C’est la mondialisation. Les marchés internationaux sont ouverts, l’argent roi, les biens et les services circulent à tout va et les états sont hors jeu. La liberté de ceux qui possèdent le capital est décuplée. La question de savoir si le travail asservit ou libère l’homme, traitée en terminale en cours de philosophie, est obsolète. Le sujet aujourd’hui est principalement celui de la consommation. Tu ne tueras point, tu achèteras. C’est ce qui aboutit à la crise des subprimes en 2007. Je ne suis pas viscéralement anti-capitaliste ou anti-libérale. L’exemple chinois calme rapidement mes ardeurs et mes emportées lyriques pour une société égalitaire.  

D’autres voies sont par contre louables et méritent qu’on s’y intéresse. Je pense au Kerala, état indien à mille lieux de la réalité des états indiens du Nord. Je dis toujours que j’y ai vu Mowgli et le paradis. Avec 33 millions d’habitants, il réalise le meilleur IDH de l’Inde (équivalent du Bahrein 45ème au classement mondial). Pourtant, c’est l’état avec l’un des plus faibles PIB/habitant. Ils ont fait le pari de la santé, de l’éducation et de l’émancipation des femmes avant celui de la richesse économique. Et aujourd’hui, cela paie. 92% de la population est alphabète contre une moyenne de 50% dans le reste de l’Inde. C’est ce que j’appelle le développement durable. Depuis 30 ans, le parti communiste et le parti libéral s’alternent à chaque élection et dans la radicalité de leurs propositions, le peuple trouve son compte. Enfin, les économies collaboratives et solidaires, existent depuis toujours au Kerala sans nul besoin de révolution numérique. Seule ombre au tableau, un million d’entre eux ont immigré dans les pays du Golf et contribuent de l’ordre de 20% aux revenus de l’état en allant chercher le capital là où il s’accumule pour pouvoir enfin le re-distribuer. Il y a beaucoup à apprendre d’un état qui met l’homme au dessus des indicateurs financiers. La France est en proie à de profondes remises en question concernant son modèle social unique, encore faut-il analyser les bons indicateurs pour prendre les bonnes décisions. J’ai espoir que la société française s’engage pour la diversité des solutions et le développement durable(6).

 

J’ai espoir que la France lise le darwinisme social différemment des ultra-libéraux qui pensent que seuls les plus forts (riches) survivent. Les plus solidaires vivent mieux.

 

(i) 6 propositions pour un idéal français qui se soucie du réel.

 

Charlie est tombé et tout est remonté.

Je suis passée par l’Arabie Saoudite pour aller en Inde et j’ai vu des femmes dans le pire de leur état. Ce n’est pas de la ségrégation ou de la discrimination, c’était quelque chose d’autre, quelque chose qui me donnait la nausée. J’ai fini par vomir.

Je ne suis pas noire, je ne suis pas une esclave noire, mais j’ai eu cette sensation d’être un homme noir libre regardant des esclaves travailler dans le champs de leur maître, privés de leur humanité. Cela finit par vous prendre au cœur et vous avez le choix entre crier fort ou vite fuir loin et oublier.

Il faut savoir dire oui aux Lumières et non à l’obscurantisme.

Je suis loin de ma douce France et je pleure.

Nous nous en sortirons plus forts, parce que les artistes, les écrivains, les scientifiques, les penseurs ont leur conscience, les autres n’ont pour eux que Dieu et/ou l’argent.

#JeSuisCharlie

Article publié sur Facebook le 08/01/2015.

Pardon Wolinski, pardon de n’être pas plus courageuse

wolinski

“Les femmes sont injustement traitées sur notre planète. Elles sont mutilées, asservies, considérées comme des pondeuses et des bêtes de somme.” Wolinski.

Voilà qui est assassiné, des hommes qui voulaient la libération des femmes. Je vous le dis, ceci une guerre pour libérer les femmes.

Malala qui voulait aller à l’école au Pakistan a reçu une balle dans la tête avant de devenir prix Nobel de la paix, des kalashnikov ont retiré la vie à 17 personnes dont 4 défenseurs de nos libertés, une petite fille de 10 ans au Nigeria a été envoyée à la mort dans un marché hier une ceinture d’explosive autour de la taille.

L’islam politique est un danger, il est aussi dangereux que le fachisme. Regardez l’Arabie Saoudite, l’Iran, les Emirats, le Pakistan, l’Afghanistan. La situation de leur femme ne vous fait donc rien. Qu’une femme ait un grillage de tissu devant le visage vous semble-t-il légitime ? Qu’une femme soit interdite de conduire et soit fouettée pour avoir désobéi en Arabie Saoudite, cela vous parait-il juste? Qu’une femme soit interdite d’un match de volleyball et qu’elle écope d’un an de prison en Iran pour l’avoir réclamé, vous trouvez cela justifié?

Regardez les marocains apeurés lors de la prise du pouvoir par Benkirane, combien de femmes ministres y avait-il à l’investiture. Une. Quel ministère ? Celui de la condition de la femme. Quelle était sa position sur la loi permettant le mariage d’une fille violée avec son agresseur ? Elle trouvait que c’était la moins pire des solutions avant de céder à la pression de l’opinion publique.

Regardez les prises de position d’Erdogan en Turquie, petit à petit il rappelle aux femmes leur rôle : tenir leur foyer. Il rappelle que la femme doit savoir se tenir et éviter les éclats de rire en public. Ma professeur d’arabe en 4ème défendait la même idée pendant les cours d’éducation islamique. Cela me rappelle que l’islam enseigné à l’école marocaine mérite une réforme urgente. Le rire, cette liberté fondamentale et profondément humaine qui nous est retirée partout où l’islam politique est.

Femmes arabes qui vous dites musulmanes et libres, levez vous pour celles que vous pouvez appeler vos soeurs, prenez vos claviers et vos stylos, écrivez, dessinez, soyez courageuses. Un peuple sans courage, un peuple soumis ne peut être sauvé de son tyran. Il en est de même pour les femmes arabes et musulmanes. Du courage !

http://www.deslettres.fr/lettre-de-wolinski-sa-femme-je-crois-que-tout-ce-que-les-hommes-font-de-bien-ils-le-font-pour-essayer-depater-leurs-femmes-heureusement-quelles-existent/

Article publié sur Facebook le 12/01/2015.

Eveil de l’être

Cité de la réussite, la Sorbonne, les 8 et 9 décembre, thème : l’audace. Jacques Attali prend la parole. Assuré et calme, il nous confie sa vision de l’avenir. Quelle audace sera récompensée ? «L’audace d’être soi ».

Etre soi, philosophie de vie. Etre soi, matière de son dernier ouvrage, sonne parfaitement à mon oreille. Jamais un verbe passif n’a eu autant d’effets sur moi. Ce n’est pas une question de libertés individuelles ou de liberté d’action. Il s’agit de l’évidence même d’exister. Je pense donc je suis, Descartes. Je fais donc je suis, un ami qui expose ainsi l’existentialisme de Sartre. Ni l’une ni l’autre n’avaient su me convaincre. Je suis. Simple, dépouillé, puissant. J’adopte.

Se connaître en est la première étape. Repérer les variables et les constantes d’un système est difficile, exprimer le système d’équations définissant son fonctionnement nécessite du travail et de l’instinct gagné par l’expérience. Lorsque ce système est soi, l’exercice est infiniment plus complexe. Les tests réalisés avec les chimpanzés et les bébés pour vérifier s’ils se reconnaissent dans le miroir m’ont toujours intriguée. Et nous alors, sommes-nous capables de nous reconnaître?

La deuxième étape est l’expression de l’être unique dans son environnement. L’appel à être soi est une clameur pour devenir artiste de sa vie et artisan au sein de sa communauté. Les artistes, les entrepreneurs et les militants en sont des beaux exemples. Des Don Quijote traités de fous, aimés ou détestés, ils impactent le cours de nos vies avec ou sans notre consentement. Il est impossible de leur rester indifférent. Voilà qui peut nous encourager à partir en quête du soi.

Audace et insoumission

L’audace trouve son origine latine dans audacia de auderer signifiant oser.

Larousse donne trois définitions. Hardiesse qui ne connait ni obstacle ni limite, courage. Péjoratif, Attitude de quelqu’un qui méprise les limites imposées par les convenances, impertinence, insolence. Acte qui viole les convenances, les règles.

Avec notre esprit étriqué, recherchant l’équilibre même instable et dans une société toujours bien pensante qui s’accroche à ses acquis et vénère le statut quo, les trois audaces justement dosées sont nécessaires pour agir.

A l’occasion d’un débat, Michael Goldman fondateur de MyMajorCompany, première plateforme de financement collaboratif des productions musicales, définissait l’audace comme insoumission. Il se rappelait sa famille, tous des insoumis.

Larousse, insoumis : qui est révolté contre l’autorité de fait. L’audacieux est insoumis, l’insoumis a de l’audace. Ils ne sont pas synonyme car on parle de l’audace de faire, elle suppose une action de l’individu tandis que l’insoumission est contre un système et met en avant une indignation, un état sans contraindre à l’action. Il est juste de se demander si notre société récompense l’audace ou l’action qui s’en suit.

Je prends les cas d’Edward Snowden et Julian Assange. Je rejoins leur combat pour la transparence des états et le respect de la vie privée des individus et je suis fervente défenseure de leurs méthodes et de leurs actions. Je me demande néanmoins si au fil du temps ces points ne passent pas au second plan et si je ne suis pas plus admirative du courage et de l’insoumission dont ils font preuve. Je les sens entiers et libres, des molécules gazeuses agitées qui tapent sur tous les murs en opposition aux liquides que nous sommes, prêts à nous adapter et à changer de forme à tout instant pourvu qu’il y ait un récipient pour nous contenir.

Aux origines de l’audace

Il faut pour déclencher cette audace une énergie potentielle et une force initiale importantes.

La force initiale trouve sa source dans la dernière oppression exercée par l’environnement, la famille, la société, la religion, l’état… Elle lui sera proportionnelle et dirigera le mouvement de l’être car tout d’un coup, les seules réponses possibles sont l’expression du soi ou sinon la mort lente, le passage à l’état liquide. Lorsque nous aimons la vie à sa juste valeur, la dernière alternative n’en est pas une, autant devenir son propre héros Goethéen et abréger ses souffrances.

L’énergie potentielle quant à elle prend la forme d’un ego surdimensionné, juste assez pour disparaître par la suite au profit de l’énergie cinétique. Cet ego se construit facilement au contact de parents forts qui donnent l’exemple et ont une croyance infinie dans notre potentiel. Michael Goldman avoue : « Ma mère m’a pris pour Dieu de ma naissance à maintenant». Il y a quelques semaines, je discutais avec un collègue de travail père de trois enfants. Et voilà qu’il lâche un malheureux « Ma fille ne fera pas d’études longues, je le sais. ». Avoir foi en son enfant c’est avoir foi en l’avenir. Tout le monde n’ayant pas cette chance, il arrive souvent que cette énergie soit puisée dans les malheurs semés sur le chemin de la vie et le dépassement de soi qui forgent notre caractère quand ils ne le tuent pas.

Notre ego se construit finalement au travers des deux expériences, il faut simplement se souvenir que son seul devenir est sa destruction. http://www.youtube.com/watch?v=xORFMZQVw28

Altruisme et égoïsme

L’audace d’être soi n’est pas une ode à l’égocentrisme. Il s’agit de se recentrer comme le ferait un moine hindouiste pour mieux se connecter au cosmos. Cette quête est à mi-chemin entre l’altruisme et l’égoïsme, entre soi et le reste. L’altruisme revient à avoir un souci désintéressé et bienveillant du bien d’autrui. L’égoïsme est une priorisation de son intérêt associé à un mépris marqué pour l’intérêt des autres.

Première hypothèse : ce sont deux concepts opposés.

Adam Smith dans son ouvrage La Richesse Des Nations écrit : Ce n’est que dans la vue d’un profit qu’un homme emploie son capital. Il tâchera toujours d’employer son capital dans le genre d’activité dont le produit lui permettra d’espérer gagner le plus d’argent. (…) A la vérité, son intention en général n’est pas en cela de servir l’intérêt public, et il ne sait même pas jusqu’à quel point il peut être utile à la société. En préférant le succès de l’industrie nationale à celui de l’industrie étrangère, il ne pense qu’à se donner personnellement une plus grande sûreté ; Et en dirigeant cette industrie de manière que son produit ait le plus de valeur possible, il ne pense qu’à son propre gain ; en cela, il est conduit par une main invisible, à remplir une fin qui n’entre nullement dans ses intentions ; et ce n’est pas toujours ce qu’il y a de plus mal pour la société, que cette fin n’entre pour rien dans ses intentions. Tout en ne cherchant que son intérêt personnel, il travaille souvent d’une manière bien plus efficace pour l’intérêt de la société, que s’il avait réellement pour but d’y travailler.

Selon Smith, la nature de l’homme est l’égoïsme. Il imagine les conséquences du libéralisme économique avec cette hypothèse de départ. L’état de Smith était un état cannibale, veillant sur les entrées et les sorties des marchandises. Lorsque les entrées concernent des ressources rares sur son territoire mais abondantes ailleurs, de façon caricaturale mais pas totalement fausse, la colonisation des terres, l’appropriation des ressources, l’esclavagisme et la mise sous tutelle des autochtones étaient les réponses naturelles. L’objectif de l’état étant de se renforcer et de protéger son peuple, il était donc légitime qu’il craigne qu’une économie libérale lui nuise. Smith assure la raison de la crainte. Non, l’individu ne travaillera pas à la réalisation de l’objectif étatique. Il agit uniquement pour ses intérêts propres. Il est égoïste.

Seulement, Smith oppose à la crainte, le principe d’économie de marché. Le citoyen marchand et producteur satisfait des clients de la société. Il ne les appauvrira pas car il a besoin de leur porte-monnaie et ne volera pas leurs ressources. Il y a deux égoïsmes qui donneront naissance à un altruisme bénéficiant à l’état. Je m’arrêterai là et vous encourage à regarder le deuxième épisode de la série Capitalisme sur Arte. Y sont expliquées les limites d’une telle réflexion et les conséquences sur l’économie actuelle.

Le résultat d’Adam Smith que je veux souligner ici est que l’égoïsme permet l’altruisme. Une cause à effet qui marque aujourd’hui notre rapport au monde et à l’autre.

Deuxième hypothèse : l’égoïsme implique l’altruisme. (https://www.youtube.com/watch?v=yvYGFPHEpZw)

Depuis deux ans, j’entends les murmures d’une autre approche. Elle n’est pas nouvelle mais elle reprend vie en cette période de crise commencée en 2009 parce que la génération millénium est plus à même de l’écouter.

Jacques Attali reprend la parole : « La meilleure façon d’être intelligemment égoïste est d’être altruiste».

Veiller à l’utilité de son action pour la société. Essayer ensuite d’en faire son gagne-pain.

J’y mets quelques objections de définitions : Qu’est-ce qui est inutile ? Le divertissement ? La vente de produits de beauté ? La production de confiserie ? L’industrie pornographique ?

Je suis incapable de choisir et de décider ce qui est utile pour l’autre. Penser le bien de l’autre ne serait-ce pas l’infantiliser et lui imposer ma conception de l’existence et mes propres besoins? N’est-il pas le seul capable d’exprimer son besoin?

Je peux alors décider d’y répondre. Peut-être que je ne le ferai que si j’y trouve un intérêt parce que j’estimerai ses demandes peu utiles? Je l’y aiderai alors moyennant échange me permettant de réaliser ce qui me semble important. Ne serait-ce pas revenir au principe de Smith ?

Ensuite, nous pouvons nous interroger sur l’identité de cette société. Le groupe d’ami ? La communauté cliente ? Le peuple du pays habité ? Le peuple du pays de naissance ? L’humanité ?

Ce sont deux interrogations qui me font douter de ce nouveau paradigme. A moins que la définition de l’altruisme ne soit pas la bonne.

Un ami m’a présenté son système de valeurs, liberté, respect et amour d’autrui. Je dirai que ce système de valeurs définit d’une certaine façon les termes d’application les moins intrusifs de l’altruisme. Mes actions doivent laisser l’espace nécessaire à l’expression libre de l’autre et si possible y contribuer.

Les nouvelles plateformes de partage en sont selon moi le meilleur exemple, Twitter, Facebook, WordPress… Elles accordent du crédit aux individus inscrits et leur laissent un champ libre d’actions. Il est d’abord collaborateur avant d’être utilisateur et seulement après client.

Troisième hypothèse : l’altruisme implique l’égoïsme.

Trois hypothèses et je pense que la vérité est à mi-chemin entre les trois.

A chaque fois que nous en posons une nous découvrons une part de cette vérité. Oui parce que la vérité est unique mais sa recherche est variée. Mon père me rappelle toujours que l’atome sphérique est une hypothèse qui nous rapproche de la réalité de la matière et nous permet des applications sur le réel. Seulement, l’hypothèse de l’atome pyramidal n’est pas plus fausse, tout dépend ce que l’on recherche à démontrer. Il en est de même pour le rapport à l’autre qui définit d’abord le rapport à soi.

Ensemble, être soi

Cité de la Réussite ou Cité de l’Eveil, j’y suis allée pour rencontrer les PDG du CAC 40, je m’y suis finalement rencontrée. Se chercher, se trouver, réaliser son coming out et enfin soutenir les autres de la façon la moins intrusive qui soit dans leur aventure personnelle. Comme le chante Vanessa Paradis et Benjamin Biolay, Pas besoin de permis pour être le héros de sa vie. https://www.youtube.com/watch?v=qItD0n-NiB0