Amour

Tu m’entends, écoute-moi
Je t’aime, je t’aime, je t’aime
Je vais te le crier, tant pis
Partout, sur les toits de Paris
Mais mon Dieu que je t’aime
Je suis fou de toi
 
 
Cruellement
Jalousement
Avidement
 
 
Shemsi, je t’aime
Mon soleil, ma lune
Pour toi, je brûlerai même
Mes cendres dans l’urne
 
 
Ma Vénus, ma Saturne
Toi et moi, c’est le feu des étoiles
Le crash des comètes sur Neptune
Les trous noirs sous les voiles
 
 
Allez viens, je t’en prie
Donne-moi ta main
Je ne la lâcherai plus, promis
Crois-moi comme un saint
 
 
Crois-moi comme je te vénère
Crois-moi, t’aimer est un enfer
 
 
Tu le vois l’océan sauvage
Tu les vois ces vagues
Elles se cassent sur la plage
À la vue de tes pieds qui dansent
Comme je me fracasse
Devant le dessin de ton visage
 
 
Aime-moi
Parce que moi, je n’aime que toi
 
 
Ensemble, nous irons à Delhi
Nous grimperons l’Himalaya
Nous visiterons le Dalai Lama
Avant de nous perdre en Mongolie
 
 
À pied sur la route
Puis dans une yourte
Où je serai ton seul amant
Pour te faire trois enfants
 
Alors si toi aussi tu m’aimes
Écris moi une lettre
Au 36 quai des Êtres
Amour, je t’aime

Lecture – Siddartha

Un livre, c’est une rencontre, entre vous et l’autre, l’écrivain d’un autre temps et ses personnages d’un autre monde. Alors quand la chimie opère, que vous êtes prêt à entendre tous ces autres, quelque chose de jouissif a lieu.

J’étais en Inde, en voyage au Kerala, dans une auberge sur la côte de Varkala, et j’ai vu ce livre. Siddharta, roman sur un indien Brahman en quête de lui, écrit par Herman Hesse, un allemand qui obtiendra en 1946 le prix Nobel pour son œuvre et que je retrouvais là dans sa version espagnole. Tous les ingrédients étaient réunis, le coup de foudre a bien eu lieu.

Siddharta, après une vie de prières auprès des Brahmans et de Buda et une vie de luxe et de luxure auprès d’un commerçant et d’une prostituée dont il tombera fou amoureux, trouvera la sagesse en aimant le fleuve et la pierre sachant enfin que la vie se vit sans dieux ni maîtres. Elle se vit avec conscience et amour. Elle s’accepte comme elle est et elle se vit. Mantra d’une rare efficacité pour tout jeune salarié en peine de liberté.

La fidélité étant l’opprobre ultime du lecteur, merci Herman, merci Siddharta, je m’en vais maintenant vous être infidèle !

Le bonheur

Avez-vous jamais discuté le bonheur avec vos parents ? On nous apprend tout, à traverser la route, à compter jusqu’à 100 et à dire merci. On nous explique ce qu’est une vie digne et on nous éduque pour quelques uns à l’excellence, être le premier de la classe, résoudre une équation différentielle et analyser un texte de Maupassant. Enfin, on nous souhaite de reconstruire ce même modèle, donner la vie et être un bon chef de famille sans oublier d’être utile à la société. Mais qu’en est-il du bonheur ? Vous l’avez rencontré un jour ? Vous avez son adresse mail, son Snapchat, son Tinder ou son profil Linkedin ? J’ai besoin de lui poser deux ou trois questions.

Je crois l’avoir aperçu parfois. Vous voyez comme un amant qui apparaît quelques jours avant de se volatiliser, pouf!, pour quelques mois. Alors je me donne des objectifs, les plus ambitieux bien sûr. Je travaille dur pour les atteindre en pensant que cela le fera revenir pour toujours. Vœu pieu ou indécent pour mes 24 ans !

La dernière fois, c’était à la fin de mes études. J’avais enfin mon studio à Paris et je me préparais à rentrer dans le rang, à La Défense. Je lisais Cosmos d’Onfray sur mon lit couvert d’un drap blanc. Il me racontait le temps, le temps mort et le contre-temps. “Désormais, je peins tous les jours.” aurait dit Gauguin en quittant travail, femme et enfants pour se consacrer à sa passion. J’arrêtais de lire pour regarder les toits de Paris de ma baie vitrée et je vis le ciel sans nuage un jour de février. Je croyais voler. J’avais compris le temps et je m’abandonnais soudainement à l’instant présent. J’étais heureuse.

En fouillant dans les tréfonds de ma mémoire, je vois ma mère assise dans la salle à manger de l’ancien appartement tout juste réaménagé à son goût. En face, se trouvait mon père assis sur le fauteuil en cordes tressées dans notre terrasse qui n’avait rien à envier aux jungles les plus luxuriantes du  Cambodge. C’était à Casablanca, ma mère dessinait au fusain et mon père mangeait sa grappe de raisins verts dans son paradis terrestre comme il aimait à dire. Les murs étaient jaune moucheté, les affaires marchaient bien, leur amour avait résisté à bien des tempêtes et leur fille unique de 9 ans les aimaient d’un amour infini. Ce devait être le bonheur. En tout cas, cela y ressemblait beaucoup.

Je me souviens aussi de cette fois en Finlande. Nous étions quatre amis à faire le tour d’Europe en voiture pendant 6 semaines. Un moine chez qui nous avions séjourné une nuit était déçu d’apprendre que nous n’étions pas à vélo. Il a ri ! L’aventure n’est jamais complète et quelqu’un sera toujours là pour vous le rappeler. Donc, en Finlande, nous installâmes notre camp de nuit en pleine forêt, près d’une immense fourmilière. D’une façon ou d’une autre, les fourmis rouges nous rassuraient. Après avoir mangé notre riz et nos haricots rouges, la nuit tombée, il était temps de dormir. Je refermais derrière moi ma tente Quechua 1 seconde quand il commença à pleuvoir. J’étais protégée de la pluie par ma carapace rouge, mais je l’entendais et je la voyais. J’entendais la musique de ses gouttes qui se déversaient sur nous, un son qui ferait frémir le plus grand des musiciens. Je voyais chacune d’entre elles couler lentement en suivant la courbure de la Quechua. C’était régulier, doux et violent. C’était beau. Je dormais heureuse.

Une autre fois, j’étais amoureuse. Nous étions les yeux dans le coeur, les yeux dans les yeux puis les yeux dans la bouche. Pour la première fois, j’expérimentais le magnétisme hors des laboratoires de physique. Nos bouches s’engagèrent alors dans des abîmes non convenus pour une jeune fille rangée. Mais l’ai-je jamais été, rangée ? Euphorique, je pensais tenir le bonheur.

Plus tard, j’étais en Inde dans les montages de Munar, avec un groupe d’étudiants d’échange de l’IIT Madras. Ce jour-là, j’ai pensé fort à mon père. Sur le chemin du retour du lycée, souvent il arrêtait la conversation pour que l’on admire ensemble un coucher de soleil. Un homme intelligent, mon père. Il me disait de bien observer l’orange intense qui annonce sa disparition prochaine à l’orée visible de l’océan. Je ne le savais pas mais il m’enseignait le bonheur. Alors ce jour-là, j’ai pensé à lui lorsque nous marchions entre les cultures de thé en attendant le coucher du soleil. Comme j’aurai aimé qu’il soit là pour voir ce jaune embrasé, cet orange brûlant, ce vert soutenu des arbres, le ciel d’abord lourd puis noir, les étoiles qui brillent et les lucioles qui illuminaient les sentiers. Heureuse, nul doute, je l’étais.

Avant d’écrire ce texte, j’ai vu un film, Hector and The Search Of Happiness. Le titre présumait l’histoire, celle d’un homme banal et cérébral qui fait le tour du monde pour découvrir que bonheur et amour ne font qu’un. Pour ma part, je découvre que le bonheur est souvent contemplatif ce qui explique peut-être qu’il soit si difficile à saisir pour nous femmes et hommes d’action. Mais aujourd’hui, je sais qu’il était là et je sais qu’il reviendra, c’est un gage suffisant pour être heureux, non ?