Une enfance

Le vent, la pluie, l’éclair, le tonnerre. La nature vivante respirait, buvait, brillait, rugissait. Elle jouait une pièce dont elle était metteur en scène et actrice principale. Elle existait et le faisait savoir. Les fourmis étaient en alerte, en avant toutes, à la fourmilière. La pie retrouvait son nid. Les chiens se réfugiaient auprès de leur maître, enveloppé sous une couverture chaude.

Sabya, émerveillée par ce qu’elle voyait, courait vite, encore plus vite pour atteindre cette même énergie, pour posséder à son tour cette pulsion. Faire communion. La liberté la portait sous l’impulsion de ses pas. Plus rien, ni personne ne pouvait la retenir. Elle était en transe comme possédée par une force chamanique étrange. De loin, on pouvait la voir, cette petite fille qui galopait, sa longue natte se balançant de droite à gauche. Sa petite bouche rose, grande ouverte, essayait de s’abreuver de quelques gouttes d’eau tombées du ciel. Prise de vertige, elle s’arrêta devant l’océan, majestueux.

Elle s’allongea sur le sable. Sans aucune étoile, le ciel semblait si dense. Par le brouillard, les grondements et la pluie qui s’abattait sur elle, il lui démontrait sa grandeur. Elle hurla telle une louve refusant de céder à l’appel des songes. Seulement ses paupières, répondant à son esprit déjà épuisé par ce grand manège, se fermèrent contre son gré. Elle s’endormait sans rêver. Ses délires inconscients, elle les connaissait déjà.

Des heures plus tard, des rayons de Soleil lui caressèrent timidement le visage. Son corps se réchauffait lentement. Un sentiment de douce volupté l’enveloppa tout entière. Elle tressaillit, ses muscles faisant le deuil du froid de la nuit. La petite se réveilla et vit au loin le firmament azuré. Il paraissait si clair, si limpide. Une vague se cassa sur le rivage, dernier vestige de la soirée. Toute trempée, elle s’assit et fut étonnée de ce calme qu’elle connaissait pourtant si bien. La fête était bel et bien finie, il était temps de rentrer. Elle marchait, jouant de la trace de ses pas sur le sable mouillé.

Son père était un noble déclassé par le progrès technique et l’émergence des villes, un propriétaire de terres agricoles, né pour régner mais contraint de nourrir sa famille par sa propre labeur. Elle était son premier enfant, la première d’une grande fratrie. Il aurait préféré qu’elle soit un garçon mais ses grands yeux et son sourire rieur réussirent à amadouer son cœur et il l’avait aimé.

Très tôt déjà, Sabya avait saisi sa condition. Interdit de jouer dehors, de rire trop fort et encore moins de hurler ses tripes ou de se défendre quand un garçon la tapait. En revanche, l’être faible qu’il était bon qu’elle soit pouvait pleurer car alors son père la portait dans ses bras, engueulait les chérubins et lui offrait un sucre. Elle était protégée. A trois ans, une larme pouvait faire basculer l’injustice d’une vie.

A six ans, elle savait allumer le feu, chauffer l’eau, moudre le blé, pétrir la pâte à pain, traire le lait, préparer le beurre et vider le mouton de ses abats, mais plus que tout, elle aimait s’occuper des bêtes, sortir les vaches et les brebis paître. Une journée loin du village, baignée dans le vert épars des herbes printanières et le jaune des fleurs sauvages, elle échappait enfin à la règle de la discrétion. Maîtresse de son troupeau, elle courait bâton en main, sifflait les errantes et couchait à même la terre pour piquer une sieste. Parfois, une amie l’accompagnait.

A sept ans, les deux gamines firent leur première rentrée des classes. Des élus locaux sensibilisaient les familles et promettaient une vie meilleure pour leurs enfants, qui seraient peut-être fonctionnaires ou maîtres d’école. Filles et garçons de tous les villages environnants marchaient entre dix et vingt kilomètres par jour pour apprendre. Sabya était brillante même s’il lui arrivait de rêvasser en pensant à ses bêtes. A la récréation, elle jouait enfin avec ses camarades. Ils lui tiraient la natte et elle leur donnait quelques coups à son tour. A l’école, elle apprit à se défendre et à attaquer. Elle était parfois méchante et injuste. Elle grandissait. 

A ses neuf ans, la sécheresse trancha son cas. Sabya fût mariée à un veuf de quatre-vingts ans. Il avait perdu la vue depuis quelques années déjà et vivait toujours avec ses deux fils. Leur mère décédée et la dernière sœur ayant rejoint son époux l’année précédente, il ne leur restait d’autre choix que d’épouser une jeune fille qui puisse s’occuper du foyer. Le vieux s’y colla, il choisit une enfant et tous s’en réjouirent.

Elle essaya de fuir à plusieurs reprises pour se réfugier chez ses parents. Ils avaient compris l’indicible mais les deux vaches reçues en dote avaient déjà été vendues. Surtout, ils avaient donné leur parole et l’honneur de la famille était en jeu. Sa détresse comptait pour peu. 

Mais ce soir-là, elle le mordit. Tout avait pourtant si bien commencé. Notre amie était la première réveillée. Elle prépara le thé et chauffa les crêpes cuites la veille. Elle réveilla le patriarche pour la prière de l’aube. A sept heures, elle rejoint les dames du village pour chercher l’eau du puit à douze kilomètres de là. A onze heures, de retour, elle lança la cuisson du tajine au feu de bois. A treize heures trente, le repas était prêt. Chacun la remercia pour son plat réussi même si l’un des fils fit remarquer le trop de sel. Elle débarrassa la table, lava la vaisselle et pétrit le pain pour le lendemain. Elle entreprit ensuite un grand ménage dans la pièce à vivre principale. Les mouches l’envahissaient aussitôt que le miel du petit-déjeuner et le thé sucré étaient servis.

Après cette longue journée, Sabya s’apprêtait à dormir quand le père gâteux l’invita à partager son lit, chose qu’elle redoutait le plus. Le vieux sénile comme à son habitude, entamait les préliminaires. Il tripota ce jeune corps qui ne savait trouver du désir dans le dégout et l’odeur de puanteur. Elle pleurait et essayait une nouvelle fois de s’échapper. Le vieux s’impatientant, lui donna une bonne gifle à laquelle elle répondit par une morsure bien placée. L’indésirable cria sa chair meurtrie et Sabya fuit jusqu’à la plage sous une pluie battante.

Ce matin-là, marchant depuis la mer, l’air hagard, notre fugueuse songeait aux conséquences de son geste. Que pouvait-il advenir d’elle ? Serait-elle battue ? Ou seulement grondée ? Divorcerait-elle enfin ? Ses parents accepteraient-ils qu’elle revienne à la maison ? Pourrait-elle retrouver ses brebis ? Peinée par toutes ces questions, sous un soleil de plomb, sa journée s’obscurcit.

Elle était livide, le regard perdu quand un automobiliste la klaxonna. C’était son frère à l’arrière du van qui demandait au chauffeur de s’arrêtait. Il expliquait qu’il allait travailler en ville et qu’il saisissait enfin sa chance en rejoignant un ami qui lui promettait un emploi.

Il ne devait pas être au courant de la nuit agitée de sa sœur, alors ces mots lui échappèrent, secs sans explication : « Moi aussi, je veux partir. Je dois partir. ». Associant l’acte à la parole, elle sauta dans le véhicule. A onze ans, elle défit sa natte et cheveux au vent, elle s’en allait aussi.

C’est ainsi que Sabya quitta l’enfance n’en laissant que la trace éphémère d’une course effrénée sur la plage.

#Et Maintenant On Va Où : Rencontre avec Amine Slimani et Marin Germain, fondateurs du Lavoir

JEUNES TALENTS – Avant, c’était le temps de l’amour, le temps des copains et de l’aventure. Après, c’est toujours pareil, l’école en moins, le travail en plus. Je vous propose dans la série #Et Maintenant On Va Où, de rencontrer avec moi ces jeunes Marocains vivant en France, tout juste diplômés et qui feront le monde de demain parce qu’ils font déjà celui d’aujourd’hui. Des architectes, des ingénieurs, des musiciens, des jeunes femmes et des jeunes hommes dont les réalisations m’interrogent par les perspectives nouvelles qu’elles proposent. Puissent-elles vous inspirer aussi!

Je vous laisse donc découvrir le premier entretien de la série sur le thème de la création: Mohamed Amine Slimani et Marin Germain, deux amis architectes fondateurs du Lavoir, un atelier d’artistes à Ivry-sur-Seine, près de Paris.

Mohamed Amine Slimani, Marin Germain qui êtes-vous?

Mohammed Amine Slimani, 25 ans, Marocain, né à Casablanca. Je vis à Paris depuis 7 ans et je suis architecte.

Marin Germain, 25 ans, jeune architecte d’origine bordelaise.

Là tout de suite, nous sommes dans un lieu, que je ne connaissais pas et que j’ai découvert il y a deux semaines. Pouvez-vous nous dire où nous sommes?

Amine: Là on est au Lavoir. Le Lavoir, c’est un atelier d’artiste partagé, pour le définir le plus simplement. C’est un vieux bâtiment de 1890 qui est un ancien lavoir du centre et que nous avons réhabilité avec mon meilleur ami Marin Germain et beaucoup d’autres amis qui nous ont aidés. Nous l’avons dessiné au fur et à mesure et aujourd’hui c’est un espace équipé qui accueille les métiers de la création, les artistes.

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© Antoine Pecclet

Comment à 25 ans, jeunes diplômés architectes, crée-t-on un atelier d’artiste à Ivry?

Amine: C’est juste une question de rencontres et de petites actions enchaînées les unes à la suite des autres. Pendant nos études d’architecture avec Marin, nous avons beaucoup travaillé ensemble. Nous étions élèves architectes à l’École Nationale Supérieure d’Architecture Paris Val-de-Seine. Là-bas, on traite très souvent de questions urbaines, de Paris, du Grand Paris… L’école est à la frontière du périphérique, et de l’autre côté des fenêtres, se trouve la ville d’Ivry. La réhabilitation d’espace industriel ou de grands espaces en périphérie sont des exemples que nous avions très, très souvent. Enfin, Marin habitait à Ivry.

Quel était le projet initial? Réhabiliter un espace ou créer un atelier d’artiste? L’espace a-t-il induit le projet ou est-ce le projet qui a décidé l’espace?

Amine: C’était un lieu complètement ouvert, 700 m², quatre murs en pierre et une belle charpente en bois, une lumière et tout est possible dedans, absolument tout avec un cerveau d’architecte un peu créatif. Tout est complètement possible. Cela aurait pu être un musée, une salle de concert, un théâtre. Durant nos études, nous avons été amenés à travailler sur plusieurs disciplines différentes avec des cours de photographie, d’histoire de l’art, de sculptures, des cours de dessin, l’objectif étant de ne jamais se spécialiser et de rester le plus multidisciplinaire possible. C’était clairement une projection de ce que nous voulions faire et ne surtout pas quitter une école à la formation multidisciplinaire pour se spécialiser dans un métier d’architecte dans sa manière la plus courante, mélange entre business, promotion immobilière et architecture.

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© Antoine Pecclet

Ce que vous nous expliquez, c’est que Le Lavoir est aussi du métier d’architecte?

Amine: Cela relève de notre métier d’architecte. On croit avec Marin au Genius Loci, le génie du lieu. Nous avions eu un cours en histoire de l’architecture où nous parlions du génie du lieu. C’est une théorie selon laquelle tout naît d’un lieu. Tu ne vas pas chercher un local pour y ouvrir un salon de coiffure. Techniquement, c’est le lieu qui doit te le chuchoter: “je veux devenir un salon de coiffure”. C’est donc ce lieu qui a donné naissance au Lavoir. Nous voulions au départ tout simplement créer une micro-société d’êtres pluridisciplinaires, les lier entre eux, faire qu’ils travaillent toujours ensemble, qu’ils soient indépendants les uns des autres mais qu’ils puissent ponctuellement se structurer de manière libre et organique. Il y a beaucoup de contraintes mais cela reste une organisation très naturelle.

D’où vous vient cette idée d’organisation? Pourquoi cette envie de faire cohabiter des personnes créatives? Nous parlons là de travail collaboratif, de hiérarchie plate… De quoi parle-t-on?

Marin: Rester surpris et naïf, c’est important. Les gamins apprennent parce qu’ils font des erreurs, parce qu’ils sont assujettis à des situations nouvelles. Nous avons souhaité créer un environnement similaire, un environnement pour nous surprendre.

Amine: C’est pour cela qu’on s’est appelés Les Licornes. Au début, la définition d’une licorne était être humain à fort potentiel créatif et social. Social parce qu’on interagit physiquement et qu’on échange des connaissances techniques tout le temps avec quelqu’un. Quand un artiste est en train de créer, il peut sortir de la société et s’enfermer dans sa bulle. La solitude est d’une certaine façon très liée à la création. L’artiste incompris. Là, c’est un contre-pied de ce qu’est un artiste solitaire qui devient un artiste social, qui va vivre dans une communauté dans laquelle il y a des gens qui réalisent d’autres projets en parallèle de lui. Par défaut, cela questionne.

Comment gérez-vous le besoin de solitude des artistes?

Marin: C’est le rythme du lieu qui bat un peu la balance. Il y a très rarement le même nombre de personnes, il y a souvent des moments où nous sommes cinq dans l’atelier. Nous nous croisons mais de loin puisqu’il y en a qui sont dans le studio son, d’autres dans le laboratoire argentique, un sur le bureau, un sur la mezzanine.

Pourquoi le mot Licorne?

Marin: On voulait que ce soit magique, univers de la surprise, de la naïveté, du truc qui apparaît quand il y a le beau temps et la pluie.

Amine: Mon frère nous avait aussi dit en parlant du Lavoir: “Vous les architectes, vous passez votre temps à fumer des joints et à chasser des licornes”.

Marin: On a su plus tard que la Licorne désignait la startup qui valait 1 million de dollar.

Amine: Mais nous ne faisons pas référence à cela, pas du tout.

Marin: Le projet n’a pas de but mercantile, du tout.

Amine: Ce sont des créatifs qui travaillent avec leurs mains autour de l’objet. C’est un peu l’opposé de tout ce délire qu’il y a aujourd’hui autour de la startup, du pitch.

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© Antoine Pecclet

Comment financez-vous Le Lavoir?

Amine: On pourrait qualifier cela d’auto-gestion. On a une participation de chaque artiste à hauteur des charges du bâtiment, c’est 1/n, n étant le nombre de personnes sur place et qui est fixe, on ne fait pas trop de variation de participation. On arrive quand même tous ensemble à investir dans du matériel et des technologies qu’on ne pourrait pas acheter tous seuls, une machine découpe laser, un fraiseuse CNC acier, une imprimante 3D, une machine de sérigraphie, de l’équipement bois, du matériel de photographie.

Vous êtes anarchistes?

Amine: Non.

Marin: Non, nous ne sommes pas anarchistes. Mais peut-être dans l’anarchie et le bazar, c’est là qu’on trouve tout.

Amine: Dans le désordre, il y a un côté organique à la chose. Marin parle tout le temps du rhizome.

Qu’est-ce qu’un rhizome?

Marin: C’est au départ une racine avec plusieurs branchements. Dans la théorie, cela représente la décomposition de la hiérarchie.

Amine: Tu as plusieurs noyaux qui peuvent créer des choses ensemble. Ensuite, ces noyaux peuvent être indépendants et se ramifier encore après. C’est ce qui se passe au Lavoir. Il y a des phases très créatives d’émulation tous ensemble, d’autres phases plus calmes qui vont au rythme de l’introspection, de la solitude tout aussi créative pour l’artiste.

Ce qui m’a impressionnée, et que j’ai beaucoup aimé, c’est que tout est fait à la main, tout est récupéré dans un joyeux désordre qui rend très bien. Est-ce que la décision est celle de ne pas acheter ou plutôt celle de créer?

Amine: Nous ne récupérons pas tout, nous achetons la matière première, le bois. Nous avons pu récupérer des poutres d’avant. Marin a un idéal de récup’. Il aime prendre le camion pour chercher des objets qu’il trouve sur donnons.org. Nous ne sommes pas dans l’extrême non plus. Ce serait plutôt du réemploi ou de la création à partir de matière première très simple. Nous avons la chance d’être à 300m du plus grand fournisseur de bois d’Ile-de-France. Le choix réel est celui de ne pas faire appel à des personnes extérieures parce que nous considérons que les qualifications sont ici.

Aussi vous construisez et vous déconstruisez en continu, une mezzanine, un escalier, des murs…

Amine: En effet, c’est un projet qui n’a pas été dessiné. Nous savions plus ou moins comment nous pouvions commencer et c’est dans l’action que nous pouvions voir comment cela devait évoluer.

Marin: Au départ, il fallait rendre le bâtiment viable et fonctionnel. Ensuite, nous l’avons vu comme un laboratoire. Nous avons accepté de ne pas savoir.

Quels sont vos filets de sécurité qui vous protègent dans ce contexte fait d’incertitudes?

Marin: Déjà le fait d’être deux. Quel que soit le choix, il est alors de l’ordre de la logique et non du vertigo. Ensuite, sur le plan financier, c’était un investissement sur de la pierre en Ile-de-France, pas loin de Paris, donc nous pouvions toujours retomber sur nos pieds. Enfin, nous avons étudié l’environnement. Nous savions qu’à Paris, il y avait un besoin de rassemblement. Nous voyons du collectif depuis dix ans. Nous voyons des ateliers qui se montent pour le partage des outils et des techniques au service de l’innovation.

Amine: Nous n’avons jamais eu de vraies incertitudes dans le sens où nous y avons toujours cru. Nous laissons aussi les artistes libres de faire évoluer Le Lavoir. Ils n’ont pas besoin de notre aval. Ils en sont tout aussi responsables.

Marin: C’est ce qu’on appelle l’intelligence collective.

Nous avons beaucoup parlé du Lavoir comme un espace de création. Je souhaite en savoir davantage sur votre rapport à l’esthétique du lieu…

Amine: C’est une esthétique fonctionnelle et honnête, propre au bâtiment.

Marin: En symbiose avec le lieu, avec l’esprit atelier, voir le câble électrique qui descend, c’est pédagogique et ludique. Voir l’assemblage de bois et non un mur enduit avec de la peinture, c’est aussi une forme d’éducation.

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© Antoine Pecclet

À combien d’années, de mois, de semaines vous arrivez à vous projeter?

Amine: Le Lavoir, on voudrait que ce soit toujours comme cela. Un espace non corrompu, un outil qui vise, qui crée d’autres projets. Le Lavoir a généré énormément de projets. Il a rallié des personnes qui aujourd’hui collaborent sur des projets hors du Lavoir. Il a été à l’origine de maisons de création et de boîtes de production. L’espace lui-même n’a pas intérêt à se développer vers quelque chose d’autre. Il faut qu’il reste naïf, outil horizontal qui permet l’émergence d’autres projets.

Le Lavoir n’est-il finalement pas à l’image de votre amitié?

Marin: C’est le résultat de notre amitié. Nous ne venons pas des mêmes milieux. Le Lavoir est à l’instar de notre amitié dans le sens où nous sommes différents.

Amine: Si chacun avait fait son lavoir, cela aurait été deux projets complètement opposés. Le mien aurait été tout blanc. Marin ramène toujours des objets qu’il récupère. Et dès qu’il n’est pas là, je les jette (rire)!

Pour finir, dites-moi, de quoi rêvez-vous?

Marin: J’aspire à continuer d’être naïf au regard des disciplines qui m’entourent, continuer à poser des questions comme un gamin qui découvre de nouveaux univers. Bref je rêve de ne jamais arrêter d’apprendre.

Amine: De rester libre. De ne pas avoir à se définir. De ne pas être soumis à quelque ordre qui soit. De vivre ma vie, entouré de personnes intéressantes, qui me poussent à me questionner. Être libre avec des gens libres.