Le vertige du temps

A vingt-cinq ans, je souffre de vertige, le vertige du temps. L’horloge tourne et j’ai peur de ne pas accomplir ce pourquoi je vis. La mort me guette comme tout vivant au cœur battant. C’est ainsi que l’urgence s’installe impérieusement dans mon existence. Il m’arrive de penser à l’instant de mon dernier souffle. Mourrais-je d’un cancer ou écrasée par une voiture ? Je pense alors à mes parents qui seraient certainement les seuls à me pleurer. C’est précisément le moment où je mets court à mon délire narcissique car rien ne me fait plus horreur que la souffrance, même imaginaire, de ceux que j’aime. La mort est ainsi insidieuse parce que son absence ne fait que renforcer son pouvoir sur nous. Le tic-tac n’en est que plus lancinant. Dans ma petite famille, nous l’avons connue avec tant de rudesse insinuée dans les petits draps et l’espoir d’une nouvelle respiration, que notre effroi s’est vu remplacé par une résignation triste contrebalancée par un amour sans mesure de la vie, que l’on sait désormais précaire.

Ce dimanche, il m’a semblé que le temps s’arrêtait. Nous étions en automne, à la saison cuivrée des feuilles qui tombent, de la rouille et de la pluie. La journée était longue, grise et froide. Interminable. J’appris par une amie le changement d’heure, nous étions passés à l’heure d’hiver. Je comprenais mieux. Mon corps en fin de cycle participait à la lenteur perçue. La lune approchait de sa plénitude. Le monde fonctionne par oscillation entre vie et mort, que ce soit dans l’espace, sur Terre ou dans ma propre chair. Ce qui est parti revenant sans être exactement le même.

J’ai atteint l’âge de m’offrir un sablier ou un crâne, les objets habituels pour méditer sur la vanité. Je crois que c’est l’époque qui le veut car nous vivons entre deux mondes, le passé antique et biblique qui est atrocement humain et l’avenir qui est vertigineusement transhumain, le monde riche qui conquiert ce nouvel espace artificiel et virtuel et le monde pauvre qui tient à la légende de ses ancêtres comme à sa dernière richesse. Nous sommes là, dans cet entre-deux, perdus dans un intervalle baroque. Toutes les illusions s’entrechoquent, se haïssent et s’enlacent noyant dans un amas gluant la vérité, la droiture et le mot juste.

Au pays du soleil levant, nous n’échappons pas à cette discontinuité. Nous incarnons cet époque merveilleusement. Nous sommes pour ainsi dire les acteurs d’une pièce de théâtre, où le tragique, le chimérique et le rocambolesque se mêlent. Les intrigues et les décors se multiplient. Il en est de même dans le foyer conjugal ou en politique, dans le salon ou au parlement. Nous sommes devenus maîtres de la technique du trompe-l’œil, assez pour nous laisser abuser. Nous n’avons que faire de la science, de la littérature et du vrai. Le soleil nous abîme les yeux, nous voyons flous et nous prenons le papier imprimé pour l’or et l’or pour la vie. Nous sommes des alchimistes.

Et moi, parce qu’il n’est jamais question que de nous-mêmes, toujours et à jamais, et moi dans ce monde, j’ai trois obsessions : la justice, la liberté et l’entropie. Alors voyez l’anachronisme dans lequel je patauge.

#Et Maintenant On Va Où : Rencontre avec Amine Slimani et Marin Germain, fondateurs du Lavoir

JEUNES TALENTS – Avant, c’était le temps de l’amour, le temps des copains et de l’aventure. Après, c’est toujours pareil, l’école en moins, le travail en plus. Je vous propose dans la série #Et Maintenant On Va Où, de rencontrer avec moi ces jeunes Marocains vivant en France, tout juste diplômés et qui feront le monde de demain parce qu’ils font déjà celui d’aujourd’hui. Des architectes, des ingénieurs, des musiciens, des jeunes femmes et des jeunes hommes dont les réalisations m’interrogent par les perspectives nouvelles qu’elles proposent. Puissent-elles vous inspirer aussi!

Je vous laisse donc découvrir le premier entretien de la série sur le thème de la création: Mohamed Amine Slimani et Marin Germain, deux amis architectes fondateurs du Lavoir, un atelier d’artistes à Ivry-sur-Seine, près de Paris.

Mohamed Amine Slimani, Marin Germain qui êtes-vous?

Mohammed Amine Slimani, 25 ans, Marocain, né à Casablanca. Je vis à Paris depuis 7 ans et je suis architecte.

Marin Germain, 25 ans, jeune architecte d’origine bordelaise.

Là tout de suite, nous sommes dans un lieu, que je ne connaissais pas et que j’ai découvert il y a deux semaines. Pouvez-vous nous dire où nous sommes?

Amine: Là on est au Lavoir. Le Lavoir, c’est un atelier d’artiste partagé, pour le définir le plus simplement. C’est un vieux bâtiment de 1890 qui est un ancien lavoir du centre et que nous avons réhabilité avec mon meilleur ami Marin Germain et beaucoup d’autres amis qui nous ont aidés. Nous l’avons dessiné au fur et à mesure et aujourd’hui c’est un espace équipé qui accueille les métiers de la création, les artistes.

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© Antoine Pecclet

Comment à 25 ans, jeunes diplômés architectes, crée-t-on un atelier d’artiste à Ivry?

Amine: C’est juste une question de rencontres et de petites actions enchaînées les unes à la suite des autres. Pendant nos études d’architecture avec Marin, nous avons beaucoup travaillé ensemble. Nous étions élèves architectes à l’École Nationale Supérieure d’Architecture Paris Val-de-Seine. Là-bas, on traite très souvent de questions urbaines, de Paris, du Grand Paris… L’école est à la frontière du périphérique, et de l’autre côté des fenêtres, se trouve la ville d’Ivry. La réhabilitation d’espace industriel ou de grands espaces en périphérie sont des exemples que nous avions très, très souvent. Enfin, Marin habitait à Ivry.

Quel était le projet initial? Réhabiliter un espace ou créer un atelier d’artiste? L’espace a-t-il induit le projet ou est-ce le projet qui a décidé l’espace?

Amine: C’était un lieu complètement ouvert, 700 m², quatre murs en pierre et une belle charpente en bois, une lumière et tout est possible dedans, absolument tout avec un cerveau d’architecte un peu créatif. Tout est complètement possible. Cela aurait pu être un musée, une salle de concert, un théâtre. Durant nos études, nous avons été amenés à travailler sur plusieurs disciplines différentes avec des cours de photographie, d’histoire de l’art, de sculptures, des cours de dessin, l’objectif étant de ne jamais se spécialiser et de rester le plus multidisciplinaire possible. C’était clairement une projection de ce que nous voulions faire et ne surtout pas quitter une école à la formation multidisciplinaire pour se spécialiser dans un métier d’architecte dans sa manière la plus courante, mélange entre business, promotion immobilière et architecture.

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© Antoine Pecclet

Ce que vous nous expliquez, c’est que Le Lavoir est aussi du métier d’architecte?

Amine: Cela relève de notre métier d’architecte. On croit avec Marin au Genius Loci, le génie du lieu. Nous avions eu un cours en histoire de l’architecture où nous parlions du génie du lieu. C’est une théorie selon laquelle tout naît d’un lieu. Tu ne vas pas chercher un local pour y ouvrir un salon de coiffure. Techniquement, c’est le lieu qui doit te le chuchoter: “je veux devenir un salon de coiffure”. C’est donc ce lieu qui a donné naissance au Lavoir. Nous voulions au départ tout simplement créer une micro-société d’êtres pluridisciplinaires, les lier entre eux, faire qu’ils travaillent toujours ensemble, qu’ils soient indépendants les uns des autres mais qu’ils puissent ponctuellement se structurer de manière libre et organique. Il y a beaucoup de contraintes mais cela reste une organisation très naturelle.

D’où vous vient cette idée d’organisation? Pourquoi cette envie de faire cohabiter des personnes créatives? Nous parlons là de travail collaboratif, de hiérarchie plate… De quoi parle-t-on?

Marin: Rester surpris et naïf, c’est important. Les gamins apprennent parce qu’ils font des erreurs, parce qu’ils sont assujettis à des situations nouvelles. Nous avons souhaité créer un environnement similaire, un environnement pour nous surprendre.

Amine: C’est pour cela qu’on s’est appelés Les Licornes. Au début, la définition d’une licorne était être humain à fort potentiel créatif et social. Social parce qu’on interagit physiquement et qu’on échange des connaissances techniques tout le temps avec quelqu’un. Quand un artiste est en train de créer, il peut sortir de la société et s’enfermer dans sa bulle. La solitude est d’une certaine façon très liée à la création. L’artiste incompris. Là, c’est un contre-pied de ce qu’est un artiste solitaire qui devient un artiste social, qui va vivre dans une communauté dans laquelle il y a des gens qui réalisent d’autres projets en parallèle de lui. Par défaut, cela questionne.

Comment gérez-vous le besoin de solitude des artistes?

Marin: C’est le rythme du lieu qui bat un peu la balance. Il y a très rarement le même nombre de personnes, il y a souvent des moments où nous sommes cinq dans l’atelier. Nous nous croisons mais de loin puisqu’il y en a qui sont dans le studio son, d’autres dans le laboratoire argentique, un sur le bureau, un sur la mezzanine.

Pourquoi le mot Licorne?

Marin: On voulait que ce soit magique, univers de la surprise, de la naïveté, du truc qui apparaît quand il y a le beau temps et la pluie.

Amine: Mon frère nous avait aussi dit en parlant du Lavoir: “Vous les architectes, vous passez votre temps à fumer des joints et à chasser des licornes”.

Marin: On a su plus tard que la Licorne désignait la startup qui valait 1 million de dollar.

Amine: Mais nous ne faisons pas référence à cela, pas du tout.

Marin: Le projet n’a pas de but mercantile, du tout.

Amine: Ce sont des créatifs qui travaillent avec leurs mains autour de l’objet. C’est un peu l’opposé de tout ce délire qu’il y a aujourd’hui autour de la startup, du pitch.

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© Antoine Pecclet

Comment financez-vous Le Lavoir?

Amine: On pourrait qualifier cela d’auto-gestion. On a une participation de chaque artiste à hauteur des charges du bâtiment, c’est 1/n, n étant le nombre de personnes sur place et qui est fixe, on ne fait pas trop de variation de participation. On arrive quand même tous ensemble à investir dans du matériel et des technologies qu’on ne pourrait pas acheter tous seuls, une machine découpe laser, un fraiseuse CNC acier, une imprimante 3D, une machine de sérigraphie, de l’équipement bois, du matériel de photographie.

Vous êtes anarchistes?

Amine: Non.

Marin: Non, nous ne sommes pas anarchistes. Mais peut-être dans l’anarchie et le bazar, c’est là qu’on trouve tout.

Amine: Dans le désordre, il y a un côté organique à la chose. Marin parle tout le temps du rhizome.

Qu’est-ce qu’un rhizome?

Marin: C’est au départ une racine avec plusieurs branchements. Dans la théorie, cela représente la décomposition de la hiérarchie.

Amine: Tu as plusieurs noyaux qui peuvent créer des choses ensemble. Ensuite, ces noyaux peuvent être indépendants et se ramifier encore après. C’est ce qui se passe au Lavoir. Il y a des phases très créatives d’émulation tous ensemble, d’autres phases plus calmes qui vont au rythme de l’introspection, de la solitude tout aussi créative pour l’artiste.

Ce qui m’a impressionnée, et que j’ai beaucoup aimé, c’est que tout est fait à la main, tout est récupéré dans un joyeux désordre qui rend très bien. Est-ce que la décision est celle de ne pas acheter ou plutôt celle de créer?

Amine: Nous ne récupérons pas tout, nous achetons la matière première, le bois. Nous avons pu récupérer des poutres d’avant. Marin a un idéal de récup’. Il aime prendre le camion pour chercher des objets qu’il trouve sur donnons.org. Nous ne sommes pas dans l’extrême non plus. Ce serait plutôt du réemploi ou de la création à partir de matière première très simple. Nous avons la chance d’être à 300m du plus grand fournisseur de bois d’Ile-de-France. Le choix réel est celui de ne pas faire appel à des personnes extérieures parce que nous considérons que les qualifications sont ici.

Aussi vous construisez et vous déconstruisez en continu, une mezzanine, un escalier, des murs…

Amine: En effet, c’est un projet qui n’a pas été dessiné. Nous savions plus ou moins comment nous pouvions commencer et c’est dans l’action que nous pouvions voir comment cela devait évoluer.

Marin: Au départ, il fallait rendre le bâtiment viable et fonctionnel. Ensuite, nous l’avons vu comme un laboratoire. Nous avons accepté de ne pas savoir.

Quels sont vos filets de sécurité qui vous protègent dans ce contexte fait d’incertitudes?

Marin: Déjà le fait d’être deux. Quel que soit le choix, il est alors de l’ordre de la logique et non du vertigo. Ensuite, sur le plan financier, c’était un investissement sur de la pierre en Ile-de-France, pas loin de Paris, donc nous pouvions toujours retomber sur nos pieds. Enfin, nous avons étudié l’environnement. Nous savions qu’à Paris, il y avait un besoin de rassemblement. Nous voyons du collectif depuis dix ans. Nous voyons des ateliers qui se montent pour le partage des outils et des techniques au service de l’innovation.

Amine: Nous n’avons jamais eu de vraies incertitudes dans le sens où nous y avons toujours cru. Nous laissons aussi les artistes libres de faire évoluer Le Lavoir. Ils n’ont pas besoin de notre aval. Ils en sont tout aussi responsables.

Marin: C’est ce qu’on appelle l’intelligence collective.

Nous avons beaucoup parlé du Lavoir comme un espace de création. Je souhaite en savoir davantage sur votre rapport à l’esthétique du lieu…

Amine: C’est une esthétique fonctionnelle et honnête, propre au bâtiment.

Marin: En symbiose avec le lieu, avec l’esprit atelier, voir le câble électrique qui descend, c’est pédagogique et ludique. Voir l’assemblage de bois et non un mur enduit avec de la peinture, c’est aussi une forme d’éducation.

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© Antoine Pecclet

À combien d’années, de mois, de semaines vous arrivez à vous projeter?

Amine: Le Lavoir, on voudrait que ce soit toujours comme cela. Un espace non corrompu, un outil qui vise, qui crée d’autres projets. Le Lavoir a généré énormément de projets. Il a rallié des personnes qui aujourd’hui collaborent sur des projets hors du Lavoir. Il a été à l’origine de maisons de création et de boîtes de production. L’espace lui-même n’a pas intérêt à se développer vers quelque chose d’autre. Il faut qu’il reste naïf, outil horizontal qui permet l’émergence d’autres projets.

Le Lavoir n’est-il finalement pas à l’image de votre amitié?

Marin: C’est le résultat de notre amitié. Nous ne venons pas des mêmes milieux. Le Lavoir est à l’instar de notre amitié dans le sens où nous sommes différents.

Amine: Si chacun avait fait son lavoir, cela aurait été deux projets complètement opposés. Le mien aurait été tout blanc. Marin ramène toujours des objets qu’il récupère. Et dès qu’il n’est pas là, je les jette (rire)!

Pour finir, dites-moi, de quoi rêvez-vous?

Marin: J’aspire à continuer d’être naïf au regard des disciplines qui m’entourent, continuer à poser des questions comme un gamin qui découvre de nouveaux univers. Bref je rêve de ne jamais arrêter d’apprendre.

Amine: De rester libre. De ne pas avoir à se définir. De ne pas être soumis à quelque ordre qui soit. De vivre ma vie, entouré de personnes intéressantes, qui me poussent à me questionner. Être libre avec des gens libres.

Touristes en vadrouille

Chaque été, ils choisissaient une destination nouvelle. New York, Miami, Montréal, Las Vegas. Monsieur prenait deux semaines de congé et emmenait toute la famille pour des vacances mé-mo-rables. L’année dernière, c’était le Mexique. Ils avaient pris des centaines, des milliers de photos. Nick, son fils, avait fait une insolation mais le voyage était su-per, ma-gni-fique, surtout le buffet du Club Med. Ils avaient a-do-ré !

Cet été, ils voient les choses en grand. Ils vont à Paris. Les enfants n’en reviennent pas. La Tour Eiffel, la Seine, les spectacles, les lumières. Ah Paris ! Ils avaient hésité un moment. À ce qu’il paraît, Paris n’est plus Paris. Seulement, les billets étaient à trois cent cinquante dollars aller-retour. Vous imaginez ! À ce prix, cela ne se refuse pas.

Le 14 juillet, ils débarquèrent ex-ci-tés sur les Champs Élysées. C’était la fête nationale. Armée de Terre. Armée de l’Air. Tank. Avions de chasse. Ces français n’étaient pas mal du tout. Ils se défendaient bien !

Sur le chemin du retour, à leur hôtel Ibis dans le XIIème, ils s’arrêtèrent à Opéra. Leur fille, Britney, avait insisté. Ils regardèrent ce monument imposant et mesurèrent son histoire et sa grandeur. On pouvait encore acheter des places. Britney fit un grand sourire à son père. Il céda. À cinquante euros la place, cela devait valoir la peine. Une heure plus tard, toute la famille était dehors, dé-pi-tée. C’était le spectacle d’une jeune fille toute menue qui gigotait seule sur scène avec en fond des chansons d’un certain Jacques Brel. Ils appelaient cela de la danse contemporaine, une danse suicidaire, oui ! Eux qui pensaient voir du Lady Gaga … Seul Nick affichait un léger sourire en souvenir de la jupe qui introduisait les longues et fines jambes de cette danseuse mélancolique.

Amour

Tu m’entends, écoute-moi
Je t’aime, je t’aime, je t’aime
Je vais te le crier, tant pis
Partout, sur les toits de Paris
Mais mon Dieu que je t’aime
Je suis fou de toi
 
 
Cruellement
Jalousement
Avidement
 
 
Shemsi, je t’aime
Mon soleil, ma lune
Pour toi, je brûlerai même
Mes cendres dans l’urne
 
 
Ma Vénus, ma Saturne
Toi et moi, c’est le feu des étoiles
Le crash des comètes sur Neptune
Les trous noirs sous les voiles
 
 
Allez viens, je t’en prie
Donne-moi ta main
Je ne la lâcherai plus, promis
Crois-moi comme un saint
 
 
Crois-moi comme je te vénère
Crois-moi, t’aimer est un enfer
 
 
Tu le vois l’océan sauvage
Tu les vois ces vagues
Elles se cassent sur la plage
À la vue de tes pieds qui dansent
Comme je me fracasse
Devant le dessin de ton visage
 
 
Aime-moi
Parce que moi, je n’aime que toi
 
 
Ensemble, nous irons à Delhi
Nous grimperons l’Himalaya
Nous visiterons le Dalai Lama
Avant de nous perdre en Mongolie
 
 
À pied sur la route
Puis dans une yourte
Où je serai ton seul amant
Pour te faire trois enfants
 
Alors si toi aussi tu m’aimes
Écris moi une lettre
Au 36 quai des Êtres
Amour, je t’aime

Capitaine, ô capitaine

À l’aube d’un matin d’hiver,

Amarrés dans la chaleur de nos corps

Somnolents et endoloris par l’enfer

D’une nuit où nous vaguions loin du port,

Je murmure ton nom cent fois crié hier

Pendant que tu flattes ma peau, fier

De ressusciter la houle sommeillant en moi

Et de subir de doux assauts, preuves de mon émoi.

Alice, je le jure, ne se réveillera pas, pas encore

Pas avant de partager un dernier corps à corps.

Quand les volets ouverts et les cartes rabattues,

Nous sommes fin prêts pour un pain perdu.

Midi arrive, tes baisers comme tes roses,

Promettent monts et merveilles.

La porte claque, tu t’en vas et alors j’ose

Croire en un éternel sommeil.

Réalité ou fiction ?

La destination rimerait-elle avec mirage ?

Capitaine, ô capitaine, où nous emmènes-tu avec cet attelage ?

Au pays de la passion.

Elle s’en va

Et voilà qu’elle le voit

Assis par terre assis par là

Se demandant encore pourquoi

Elle ne peut faire le premier pas

La vie à deux définitivement ne sera

Que ce bonheur à attendre en vain

Parce que pour lui ses sourires béas

Ne sont qu’une petite musique en départ de train

Elle le regarde le cœur plein

Débordant d’amour et de tendresse

Il l’observe l’esprit au loin

Un verre à la main et le mot qui blesse

Elle entend ses murmures et ses poils se dressent

Il écoute ses arguments mais ne rêve que d’horizon

Alors à défaut d’être sa maîtresse

Elle prend le large direction Viry-Chatillon

Rien, rien, il ne ressent rien

Pour toujours, à jamais, elle s’en va

Charlie est tombé et tout est remonté.

Je suis passée par l’Arabie Saoudite pour aller en Inde et j’ai vu des femmes dans le pire de leur état. Ce n’est pas de la ségrégation ou de la discrimination, c’était quelque chose d’autre, quelque chose qui me donnait la nausée. J’ai fini par vomir.

Je ne suis pas noire, je ne suis pas une esclave noire, mais j’ai eu cette sensation d’être un homme noir libre regardant des esclaves travailler dans le champs de leur maître, privés de leur humanité. Cela finit par vous prendre au cœur et vous avez le choix entre crier fort ou vite fuir loin et oublier.

Il faut savoir dire oui aux Lumières et non à l’obscurantisme.

Je suis loin de ma douce France et je pleure.

Nous nous en sortirons plus forts, parce que les artistes, les écrivains, les scientifiques, les penseurs ont leur conscience, les autres n’ont pour eux que Dieu et/ou l’argent.

#JeSuisCharlie

Article publié sur Facebook le 08/01/2015.

Pardon Wolinski, pardon de n’être pas plus courageuse

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“Les femmes sont injustement traitées sur notre planète. Elles sont mutilées, asservies, considérées comme des pondeuses et des bêtes de somme.” Wolinski.

Voilà qui est assassiné, des hommes qui voulaient la libération des femmes. Je vous le dis, ceci une guerre pour libérer les femmes.

Malala qui voulait aller à l’école au Pakistan a reçu une balle dans la tête avant de devenir prix Nobel de la paix, des kalashnikov ont retiré la vie à 17 personnes dont 4 défenseurs de nos libertés, une petite fille de 10 ans au Nigeria a été envoyée à la mort dans un marché hier une ceinture d’explosive autour de la taille.

L’islam politique est un danger, il est aussi dangereux que le fachisme. Regardez l’Arabie Saoudite, l’Iran, les Emirats, le Pakistan, l’Afghanistan. La situation de leur femme ne vous fait donc rien. Qu’une femme ait un grillage de tissu devant le visage vous semble-t-il légitime ? Qu’une femme soit interdite de conduire et soit fouettée pour avoir désobéi en Arabie Saoudite, cela vous parait-il juste? Qu’une femme soit interdite d’un match de volleyball et qu’elle écope d’un an de prison en Iran pour l’avoir réclamé, vous trouvez cela justifié?

Regardez les marocains apeurés lors de la prise du pouvoir par Benkirane, combien de femmes ministres y avait-il à l’investiture. Une. Quel ministère ? Celui de la condition de la femme. Quelle était sa position sur la loi permettant le mariage d’une fille violée avec son agresseur ? Elle trouvait que c’était la moins pire des solutions avant de céder à la pression de l’opinion publique.

Regardez les prises de position d’Erdogan en Turquie, petit à petit il rappelle aux femmes leur rôle : tenir leur foyer. Il rappelle que la femme doit savoir se tenir et éviter les éclats de rire en public. Ma professeur d’arabe en 4ème défendait la même idée pendant les cours d’éducation islamique. Cela me rappelle que l’islam enseigné à l’école marocaine mérite une réforme urgente. Le rire, cette liberté fondamentale et profondément humaine qui nous est retirée partout où l’islam politique est.

Femmes arabes qui vous dites musulmanes et libres, levez vous pour celles que vous pouvez appeler vos soeurs, prenez vos claviers et vos stylos, écrivez, dessinez, soyez courageuses. Un peuple sans courage, un peuple soumis ne peut être sauvé de son tyran. Il en est de même pour les femmes arabes et musulmanes. Du courage !

http://www.deslettres.fr/lettre-de-wolinski-sa-femme-je-crois-que-tout-ce-que-les-hommes-font-de-bien-ils-le-font-pour-essayer-depater-leurs-femmes-heureusement-quelles-existent/

Article publié sur Facebook le 12/01/2015.

Eveil de l’être

Cité de la réussite, la Sorbonne, les 8 et 9 décembre, thème : l’audace. Jacques Attali prend la parole. Assuré et calme, il nous confie sa vision de l’avenir. Quelle audace sera récompensée ? «L’audace d’être soi ».

Etre soi, philosophie de vie. Etre soi, matière de son dernier ouvrage, sonne parfaitement à mon oreille. Jamais un verbe passif n’a eu autant d’effets sur moi. Ce n’est pas une question de libertés individuelles ou de liberté d’action. Il s’agit de l’évidence même d’exister. Je pense donc je suis, Descartes. Je fais donc je suis, un ami qui expose ainsi l’existentialisme de Sartre. Ni l’une ni l’autre n’avaient su me convaincre. Je suis. Simple, dépouillé, puissant. J’adopte.

Se connaître en est la première étape. Repérer les variables et les constantes d’un système est difficile, exprimer le système d’équations définissant son fonctionnement nécessite du travail et de l’instinct gagné par l’expérience. Lorsque ce système est soi, l’exercice est infiniment plus complexe. Les tests réalisés avec les chimpanzés et les bébés pour vérifier s’ils se reconnaissent dans le miroir m’ont toujours intriguée. Et nous alors, sommes-nous capables de nous reconnaître?

La deuxième étape est l’expression de l’être unique dans son environnement. L’appel à être soi est une clameur pour devenir artiste de sa vie et artisan au sein de sa communauté. Les artistes, les entrepreneurs et les militants en sont des beaux exemples. Des Don Quijote traités de fous, aimés ou détestés, ils impactent le cours de nos vies avec ou sans notre consentement. Il est impossible de leur rester indifférent. Voilà qui peut nous encourager à partir en quête du soi.

Audace et insoumission

L’audace trouve son origine latine dans audacia de auderer signifiant oser.

Larousse donne trois définitions. Hardiesse qui ne connait ni obstacle ni limite, courage. Péjoratif, Attitude de quelqu’un qui méprise les limites imposées par les convenances, impertinence, insolence. Acte qui viole les convenances, les règles.

Avec notre esprit étriqué, recherchant l’équilibre même instable et dans une société toujours bien pensante qui s’accroche à ses acquis et vénère le statut quo, les trois audaces justement dosées sont nécessaires pour agir.

A l’occasion d’un débat, Michael Goldman fondateur de MyMajorCompany, première plateforme de financement collaboratif des productions musicales, définissait l’audace comme insoumission. Il se rappelait sa famille, tous des insoumis.

Larousse, insoumis : qui est révolté contre l’autorité de fait. L’audacieux est insoumis, l’insoumis a de l’audace. Ils ne sont pas synonyme car on parle de l’audace de faire, elle suppose une action de l’individu tandis que l’insoumission est contre un système et met en avant une indignation, un état sans contraindre à l’action. Il est juste de se demander si notre société récompense l’audace ou l’action qui s’en suit.

Je prends les cas d’Edward Snowden et Julian Assange. Je rejoins leur combat pour la transparence des états et le respect de la vie privée des individus et je suis fervente défenseure de leurs méthodes et de leurs actions. Je me demande néanmoins si au fil du temps ces points ne passent pas au second plan et si je ne suis pas plus admirative du courage et de l’insoumission dont ils font preuve. Je les sens entiers et libres, des molécules gazeuses agitées qui tapent sur tous les murs en opposition aux liquides que nous sommes, prêts à nous adapter et à changer de forme à tout instant pourvu qu’il y ait un récipient pour nous contenir.

Aux origines de l’audace

Il faut pour déclencher cette audace une énergie potentielle et une force initiale importantes.

La force initiale trouve sa source dans la dernière oppression exercée par l’environnement, la famille, la société, la religion, l’état… Elle lui sera proportionnelle et dirigera le mouvement de l’être car tout d’un coup, les seules réponses possibles sont l’expression du soi ou sinon la mort lente, le passage à l’état liquide. Lorsque nous aimons la vie à sa juste valeur, la dernière alternative n’en est pas une, autant devenir son propre héros Goethéen et abréger ses souffrances.

L’énergie potentielle quant à elle prend la forme d’un ego surdimensionné, juste assez pour disparaître par la suite au profit de l’énergie cinétique. Cet ego se construit facilement au contact de parents forts qui donnent l’exemple et ont une croyance infinie dans notre potentiel. Michael Goldman avoue : « Ma mère m’a pris pour Dieu de ma naissance à maintenant». Il y a quelques semaines, je discutais avec un collègue de travail père de trois enfants. Et voilà qu’il lâche un malheureux « Ma fille ne fera pas d’études longues, je le sais. ». Avoir foi en son enfant c’est avoir foi en l’avenir. Tout le monde n’ayant pas cette chance, il arrive souvent que cette énergie soit puisée dans les malheurs semés sur le chemin de la vie et le dépassement de soi qui forgent notre caractère quand ils ne le tuent pas.

Notre ego se construit finalement au travers des deux expériences, il faut simplement se souvenir que son seul devenir est sa destruction. http://www.youtube.com/watch?v=xORFMZQVw28

Altruisme et égoïsme

L’audace d’être soi n’est pas une ode à l’égocentrisme. Il s’agit de se recentrer comme le ferait un moine hindouiste pour mieux se connecter au cosmos. Cette quête est à mi-chemin entre l’altruisme et l’égoïsme, entre soi et le reste. L’altruisme revient à avoir un souci désintéressé et bienveillant du bien d’autrui. L’égoïsme est une priorisation de son intérêt associé à un mépris marqué pour l’intérêt des autres.

Première hypothèse : ce sont deux concepts opposés.

Adam Smith dans son ouvrage La Richesse Des Nations écrit : Ce n’est que dans la vue d’un profit qu’un homme emploie son capital. Il tâchera toujours d’employer son capital dans le genre d’activité dont le produit lui permettra d’espérer gagner le plus d’argent. (…) A la vérité, son intention en général n’est pas en cela de servir l’intérêt public, et il ne sait même pas jusqu’à quel point il peut être utile à la société. En préférant le succès de l’industrie nationale à celui de l’industrie étrangère, il ne pense qu’à se donner personnellement une plus grande sûreté ; Et en dirigeant cette industrie de manière que son produit ait le plus de valeur possible, il ne pense qu’à son propre gain ; en cela, il est conduit par une main invisible, à remplir une fin qui n’entre nullement dans ses intentions ; et ce n’est pas toujours ce qu’il y a de plus mal pour la société, que cette fin n’entre pour rien dans ses intentions. Tout en ne cherchant que son intérêt personnel, il travaille souvent d’une manière bien plus efficace pour l’intérêt de la société, que s’il avait réellement pour but d’y travailler.

Selon Smith, la nature de l’homme est l’égoïsme. Il imagine les conséquences du libéralisme économique avec cette hypothèse de départ. L’état de Smith était un état cannibale, veillant sur les entrées et les sorties des marchandises. Lorsque les entrées concernent des ressources rares sur son territoire mais abondantes ailleurs, de façon caricaturale mais pas totalement fausse, la colonisation des terres, l’appropriation des ressources, l’esclavagisme et la mise sous tutelle des autochtones étaient les réponses naturelles. L’objectif de l’état étant de se renforcer et de protéger son peuple, il était donc légitime qu’il craigne qu’une économie libérale lui nuise. Smith assure la raison de la crainte. Non, l’individu ne travaillera pas à la réalisation de l’objectif étatique. Il agit uniquement pour ses intérêts propres. Il est égoïste.

Seulement, Smith oppose à la crainte, le principe d’économie de marché. Le citoyen marchand et producteur satisfait des clients de la société. Il ne les appauvrira pas car il a besoin de leur porte-monnaie et ne volera pas leurs ressources. Il y a deux égoïsmes qui donneront naissance à un altruisme bénéficiant à l’état. Je m’arrêterai là et vous encourage à regarder le deuxième épisode de la série Capitalisme sur Arte. Y sont expliquées les limites d’une telle réflexion et les conséquences sur l’économie actuelle.

Le résultat d’Adam Smith que je veux souligner ici est que l’égoïsme permet l’altruisme. Une cause à effet qui marque aujourd’hui notre rapport au monde et à l’autre.

Deuxième hypothèse : l’égoïsme implique l’altruisme. (https://www.youtube.com/watch?v=yvYGFPHEpZw)

Depuis deux ans, j’entends les murmures d’une autre approche. Elle n’est pas nouvelle mais elle reprend vie en cette période de crise commencée en 2009 parce que la génération millénium est plus à même de l’écouter.

Jacques Attali reprend la parole : « La meilleure façon d’être intelligemment égoïste est d’être altruiste».

Veiller à l’utilité de son action pour la société. Essayer ensuite d’en faire son gagne-pain.

J’y mets quelques objections de définitions : Qu’est-ce qui est inutile ? Le divertissement ? La vente de produits de beauté ? La production de confiserie ? L’industrie pornographique ?

Je suis incapable de choisir et de décider ce qui est utile pour l’autre. Penser le bien de l’autre ne serait-ce pas l’infantiliser et lui imposer ma conception de l’existence et mes propres besoins? N’est-il pas le seul capable d’exprimer son besoin?

Je peux alors décider d’y répondre. Peut-être que je ne le ferai que si j’y trouve un intérêt parce que j’estimerai ses demandes peu utiles? Je l’y aiderai alors moyennant échange me permettant de réaliser ce qui me semble important. Ne serait-ce pas revenir au principe de Smith ?

Ensuite, nous pouvons nous interroger sur l’identité de cette société. Le groupe d’ami ? La communauté cliente ? Le peuple du pays habité ? Le peuple du pays de naissance ? L’humanité ?

Ce sont deux interrogations qui me font douter de ce nouveau paradigme. A moins que la définition de l’altruisme ne soit pas la bonne.

Un ami m’a présenté son système de valeurs, liberté, respect et amour d’autrui. Je dirai que ce système de valeurs définit d’une certaine façon les termes d’application les moins intrusifs de l’altruisme. Mes actions doivent laisser l’espace nécessaire à l’expression libre de l’autre et si possible y contribuer.

Les nouvelles plateformes de partage en sont selon moi le meilleur exemple, Twitter, Facebook, WordPress… Elles accordent du crédit aux individus inscrits et leur laissent un champ libre d’actions. Il est d’abord collaborateur avant d’être utilisateur et seulement après client.

Troisième hypothèse : l’altruisme implique l’égoïsme.

Trois hypothèses et je pense que la vérité est à mi-chemin entre les trois.

A chaque fois que nous en posons une nous découvrons une part de cette vérité. Oui parce que la vérité est unique mais sa recherche est variée. Mon père me rappelle toujours que l’atome sphérique est une hypothèse qui nous rapproche de la réalité de la matière et nous permet des applications sur le réel. Seulement, l’hypothèse de l’atome pyramidal n’est pas plus fausse, tout dépend ce que l’on recherche à démontrer. Il en est de même pour le rapport à l’autre qui définit d’abord le rapport à soi.

Ensemble, être soi

Cité de la Réussite ou Cité de l’Eveil, j’y suis allée pour rencontrer les PDG du CAC 40, je m’y suis finalement rencontrée. Se chercher, se trouver, réaliser son coming out et enfin soutenir les autres de la façon la moins intrusive qui soit dans leur aventure personnelle. Comme le chante Vanessa Paradis et Benjamin Biolay, Pas besoin de permis pour être le héros de sa vie. https://www.youtube.com/watch?v=qItD0n-NiB0