La nuit

Transgressive, animale
Rêveuse, sentimentale
Lunaire, transcendantale
Ténébreuse, irritable
Instant où se fixe la mémoire
Des hommes et des serveurs
Moment où se réveillent d’autres
Quand tout s’endort
Elle est atrocement là
Sur les terres polaires
Six mois sans pique-nique las
Sans lueurs solaires
Parenthèse érotique
Représentation du Cid
Rappel du chaos extatique
Du néant, du silence, du vide

L’homme aux cheveux longs

Elle le dévisageait, surprise
Par la dureté de ses traits anguleux
Contrastant avec ses longs cheveux
Qui se mouvaient au gré de la brise
 
Il portait des lunettes de soleil
Un chapeau de cowboy en daim
Sa guitare acoustique à la main,
Et jouait une mélodie composée la veille
 
Derrière lui, elle apercevait la mer
Des voitures qui gâchaient le paysage
Des gens dispersées sur le passage
Au rebord de ce long couloir vert
 
Le spectacle de cette voix écorchée
Chantant l’étoile de soufre
Brûlant jusqu’au gouffre
La fit enfin chavirer
 

Une rose qui pique

Ne m’oubliez pas Ulysse, je resterai votre Pénélope. Ne m’oubliez pas Roméo, je resterai votre Juliette. Ne m’oubliez pas Kaiss, je resterai votre Leila. Ne m’oublie pas Marius, je resterai ta Cosette. Ne m’oublie pas Henry, je resterai ta Lucy. Ne m’oubliez pas Candide, je resterai votre Cunégonde. Ne m’oubliez pas Shahryar, je resterai votre Shehrazade. Ne m’oubliez pas Albert, je resterai votre Aurore. Ne m’oubliez pas Werther, je resterai votre Charlotte. Ne m’oubliez pas Duc de Nemours, je resterai votre Dame de Clèves. Ne m’oublie pas Bosie, je resterai ton Oscar. Ne m’oublie pas Rinri, je resterai ton Amélie. Ne m’oubliez pas Bajirao, je resterai votre Mastani. Ne m’oublie pas Julien, je resterai ta Sophie. Ne m’oublie pas Rodolphe, je resterai ton Emma. Ne m’oubliez pas cher Amant, je resterai votre Duras. Ne m’oublie pas Félix, je resterai ta Fantine. Ne m’oublie pas Georges, je resterai ta Clotilde. Ne m’oublie pas Abellatif, je resterai ta Jocelyne. Ne m’oublie pas Duke, je resterai ton Allie. Ne m’oublie pas Tristan, je resterai ton Iseult. Ne m’oublie pas Antar, je resterai ta Abla. Ne m’oublie pas Peggy, je resterai ta Françoise. Ne m’oubliez pas Fitzwilliam, je resterai votre Elisabeth. Ne m’oublie pas Louis, je resterai ton Elsa. Ne m’oubliez pas, parce qu’avec tous ces personnages, je m’y perds et j’y perds mes souvenirs, de vous et de nous. Gardez-moi une place dans votre cœur et faites de moi, votre rose, Petit Prince. Une Rose hautaine et qui pique, mais uniquement pour que vous vous souveniez, le jour où j’oublierai.

Nager en Atlantique

L’eau coule et s’enroule
Autour de son corps mince
Ses seins pointent et balancent
Sous le poids du sel

Elle plonge la tête
Ouvre les yeux
Ça pique, ça l’embête
Elle les ferme, c’est mieux

Une force brute l’embarque
Une vague l’attaque
Elle l’emporte sec
Et se casse avec

Les rougeurs stigmates
Des frottements du sable
S’apaisent au contact
De l’écume trouble

Le nez coule
La bouche quémande
De l’eau douce
Honorable amende
D’un corps qui souffre
Pour que vive le souffle

Amour, péché capital

Rien que tous les deux
Nous serons heureux
Ensemble à Paris
Plus tard au Paradis
 
Luxure au sol
Gourmandise aux mûres
Gourmandise de ravioles
Luxure contre mur
 
Toi et moi
Du mardi au lundi
Du lundi au mardi
Tous les jours, toi et moi
 
Au tourbillon de la vie
Tu crieras ta colère
A cet unique ami célibataire
Tu hurleras ton envie
 
Las, tu bâtiras par avarice
Tu resteras par acédie
Orgueilleux, tu te croiras maudit
Victime de ma malice
 
Mon amour, tu me hais
Mais reste, je t’aime

Rupture citadine

Avec la certitude
De toujours aimer
Lui ou un autre
Que tourne la montre
Ou filent les altitudes
Elle finit par le quitter

Un au revoir définitif
À cet arrêt de métro
Théâtre d’un combat épique
Digne d’une savane d’Afrique
Contre leur amour éruptif
Rugirent les égos

Elle tourna les talons
Animal blessé
Il la vit partir
Sans la retenir
Point de cendrillon
Conte mal achevé

Pluie d’été

Une goutte coule
Lentement sur ma joue
Jusqu’à ma bouche.
Je l’avale.
 
Une deuxième la suit,
S’arrête sur ma fossette
Alors que je souris.
Je l’oublie.
 
Une troisième rejoint
Mon menton
Et glisse au sol.
Je la regarde.
 
Impossible de la distinguer
Parmi toutes ces gouttes
Qui forment une flaque,
Bientôt un fleuve,
Une mer,
Un océan.
 
C’est l’été.
Il pleut.

Et les cigales chantaient

Jour d’été
Jour de guerre
Jour daté
Jour sans air

Personne ne sait
Tout le monde erre
Enfant et mère
Dans un tramway

Maisons en bois
Nénuphar en fleur
Chien qui aboie
Saules Pleureurs

Foudre du Pacifique
Beauté cynique
Mort fatale
Mal banal

Plaies radioactives
Peaux carbonisées
Amours amputés
Douleurs vives

Un jour, un petit enfant tua des milliers d’autres petits enfants.
Et les cigales continuèrent à chanter.

 

*Photo d’un petit garçon et son chien à Hiroshima : https://www.dissident-media.org/infonucleaire/temoig_dr_hachiya.htm

Little man

You went home tonight
But nothing felt right
Vessel with no flower
Double bed with no partner
Poor your heart out, little man
Then, cry cry cry
You’d been burn by the sun
Blown by the wind
Wet by the rain
Carried of by the flood
But nothing feels like
Your inner earthquake
Poor your heart out, little man
Then, cry cry cry
See this little bird
Spreading its wings
Despite the lightening
Despite the blizzard
May this little bird inspires you, little man
Make you fly and cry, like a grown man
So fly fly fly
And when you’ll look down
Poor your heart out, little man
Then, cry cry cry

Déserteur

J’ai le blues
J’ai le blues de lui
Du bleu de ses yeux
Qui nargue le bleu des cieux
Et mon cœur sans blouse
À nu sous la pluie
 
J’ai le mâle
J’ai le mâle de lui
De son étreinte fatale
Qui épouse mes lèvres
Et ma plume mièvre
Compagne de mes nuits
 
Déserteur, Y es-tu ? M’entends-tu ? Que fais-tu ?
 
Il est le rêveur
Celui qui fuit les jours
Et les toujours
L’éternel déserteur
 
Comme la marée
Il va et il vient
Enfin disparaît
Quand je le crois mien
 
Panthéon de mes amours
Cimetière de mes pudeurs
Je saigne à blanc
Au souvenir de cet amant