Capitaine, ô capitaine

À l’aube d’un matin d’hiver,

Amarrés dans la chaleur de nos corps

Somnolents et endoloris par l’enfer

D’une nuit où nous vaguions loin du port,

Je murmure ton nom cent fois crié hier

Pendant que tu flattes ma peau, fier

De ressusciter la houle sommeillant en moi

Et de subir de doux assauts, preuves de mon émoi.

Alice, je le jure, ne se réveillera pas, pas encore

Pas avant de partager un dernier corps à corps.

Quand les volets ouverts et les cartes rabattues,

Nous sommes fin prêts pour un pain perdu.

Midi arrive, tes baisers comme tes roses,

Promettent monts et merveilles.

La porte claque, tu t’en vas et alors j’ose

Croire en un éternel sommeil.

Réalité ou fiction ?

La destination rimerait-elle avec mirage ?

Capitaine, ô capitaine, où nous emmènes-tu avec cet attelage ?

Au pays de la passion.

La marche de l’Homme

Aux premières lueurs du soleil

Homme lève-toi et marche

Car de nous jamais le ciel

Ne fut si éloigné et si proche

Prends les armes du salut,

Ta conscience, ta dignité et tes amours

Et porte les à ton cou tels des totems de l’absolu

Puis cours à en perdre le souffle après ta seule bravoure

La vie, malicieuse, t’apprendra la tristesse

Quelquefois  joyeuse t’offrira le simple bonheur

En retour, tu lui feras le sacrifice de la paresse

Pour forger des lendemains heureux de lenteur

Parce qu’il est vrai et qu’à raison et à tort,

Le présent nous entraîne comme par malédiction

Dans les abysses de notre prochaine mort,

Onde invisible crainte et maudite avec passion

Alors n’oublie pas de t’arrêter et d’observer

Cet horizon de plaines, de montagnes et de mers

Il te rappellera ceux qui t’ont et que tu as aimés

Et ranimera parfois des souffrances toujours amères

Tu reviendras alors à la vie et savoureras à pleine bouche

Thés et vins, pigeons et bœufs, légumes et fruits

Puis comme les petits hommes, tu rentreras à la ruche

Pour enfin apprécier les songes de la nuit

Elle s’en va

Et voilà qu’elle le voit

Assis par terre assis par là

Se demandant encore pourquoi

Elle ne peut faire le premier pas

La vie à deux définitivement ne sera

Que ce bonheur à attendre en vain

Parce que pour lui ses sourires béas

Ne sont qu’une petite musique en départ de train

Elle le regarde le cœur plein

Débordant d’amour et de tendresse

Il l’observe l’esprit au loin

Un verre à la main et le mot qui blesse

Elle entend ses murmures et ses poils se dressent

Il écoute ses arguments mais ne rêve que d’horizon

Alors à défaut d’être sa maîtresse

Elle prend le large direction Viry-Chatillon

Rien, rien, il ne ressent rien

Pour toujours, à jamais, elle s’en va