A La Gloire De

A quoi bon
A quoi bon se battre quand la fin est connue
A quoi bon, quand les calculs savants annoncent l’obscurité
La naine jaune s’éteignant dans cinq milliards d’années
Nous ne serions alors plus, si par ailleurs nous étions encore
Alors à quoi bon et au nom de quoi ?
 
Au nom de notre dignité
Êtres dotés de conscience et de mémoire
Nous n’échapperons pas à notre destin
Êtres de cœur et de raison
Héros las d’une tragédie française
Antigones dans un monde soumis
Défendre ce qui est juste
Envers et contre tout
 
Au nom de la transmission
Depuis l’école, à travers le livre et le maître
Délivrer la connaissance et éveiller l’esprit
Créer un intellect capable de résister
 
Pour Corneille, Molière et Racine
Pour Voltaire, Rousseau et Diderot
Pour Pascal, Pasteur et Curie
Pour De Gouges, Veil et Halimi
Pour Ferry, Jaurès et De Gaulle
Pour Flaubert, Maupassant et Hugo
 
A la gloire de l’esprit libre et critique
A la gloire du savoir et de l’intelligence
A la gloire de l’imagination et de la création
A la gloire du maître et de l’élève
A la gloire de l’élévation de l’être
 
Nous sommes et nous resterons
Même disparus, nous aurons existé
Nous sommes la communauté des Hommes Libres

Le vertige du temps

A vingt-cinq ans, je souffre de vertige, le vertige du temps. L’horloge tourne et j’ai peur de ne pas accomplir ce pourquoi je vis. La mort me guette comme tout vivant au cœur battant. C’est ainsi que l’urgence s’installe impérieusement dans mon existence. Il m’arrive de penser à l’instant de mon dernier souffle. Mourrais-je d’un cancer ou écrasée par une voiture ? Je pense alors à mes parents qui seraient certainement les seuls à me pleurer. C’est précisément le moment où je mets court à mon délire narcissique car rien ne me fait plus horreur que la souffrance, même imaginaire, de ceux que j’aime. La mort est ainsi insidieuse parce que son absence ne fait que renforcer son pouvoir sur nous. Le tic-tac n’en est que plus lancinant. Dans ma petite famille, nous l’avons connue avec tant de rudesse insinuée dans les petits draps et l’espoir d’une nouvelle respiration, que notre effroi s’est vu remplacé par une résignation triste contrebalancée par un amour sans mesure de la vie, que l’on sait désormais précaire.

Ce dimanche, il m’a semblé que le temps s’arrêtait. Nous étions en automne, à la saison cuivrée des feuilles qui tombent, de la rouille et de la pluie. La journée était longue, grise et froide. Interminable. J’appris par une amie le changement d’heure, nous étions passés à l’heure d’hiver. Je comprenais mieux. Mon corps en fin de cycle participait à la lenteur perçue. La lune approchait de sa plénitude. Le monde fonctionne par oscillation entre vie et mort, que ce soit dans l’espace, sur Terre ou dans ma propre chair. Ce qui est parti revenant sans être exactement le même.

J’ai atteint l’âge de m’offrir un sablier ou un crâne, les objets habituels pour méditer sur la vanité. Je crois que c’est l’époque qui le veut car nous vivons entre deux mondes, le passé antique et biblique qui est atrocement humain et l’avenir qui est vertigineusement transhumain, le monde riche qui conquiert ce nouvel espace artificiel et virtuel et le monde pauvre qui tient à la légende de ses ancêtres comme à sa dernière richesse. Nous sommes là, dans cet entre-deux, perdus dans un intervalle baroque. Toutes les illusions s’entrechoquent, se haïssent et s’enlacent noyant dans un amas gluant la vérité, la droiture et le mot juste.

Au pays du soleil levant, nous n’échappons pas à cette discontinuité. Nous incarnons cet époque merveilleusement. Nous sommes pour ainsi dire les acteurs d’une pièce de théâtre, où le tragique, le chimérique et le rocambolesque se mêlent. Les intrigues et les décors se multiplient. Il en est de même dans le foyer conjugal ou en politique, dans le salon ou au parlement. Nous sommes devenus maîtres de la technique du trompe-l’œil, assez pour nous laisser abuser. Nous n’avons que faire de la science, de la littérature et du vrai. Le soleil nous abîme les yeux, nous voyons flous et nous prenons le papier imprimé pour l’or et l’or pour la vie. Nous sommes des alchimistes.

Et moi, parce qu’il n’est jamais question que de nous-mêmes, toujours et à jamais, et moi dans ce monde, j’ai trois obsessions : la justice, la liberté et l’entropie. Alors voyez l’anachronisme dans lequel je patauge.

Nager en Atlantique

L’eau coule et s’enroule
Autour de son corps mince
Ses seins pointent et balancent
Sous le poids du sel

Elle plonge la tête
Ouvre les yeux
Ça pique, ça l’embête
Elle les ferme, c’est mieux

Une force brute l’embarque
Une vague l’attaque
Elle l’emporte sec
Et se casse avec

Les rougeurs stigmates
Des frottements du sable
S’apaisent au contact
De l’écume trouble

Le nez coule
La bouche quémande
De l’eau douce
Honorable amende
D’un corps qui souffre
Pour que vive le souffle

Amour, péché capital

Rien que tous les deux
Nous serons heureux
Ensemble à Paris
Plus tard au Paradis
 
Luxure au sol
Gourmandise aux mûres
Gourmandise de ravioles
Luxure contre mur
 
Toi et moi
Du mardi au lundi
Du lundi au mardi
Tous les jours, toi et moi
 
Au tourbillon de la vie
Tu crieras ta colère
A cet unique ami célibataire
Tu hurleras ton envie
 
Las, tu bâtiras par avarice
Tu resteras par acédie
Orgueilleux, tu te croiras maudit
Victime de ma malice
 
Mon amour, tu me hais
Mais reste, je t’aime

Pluie d’été

Une goutte coule
Lentement sur ma joue
Jusqu’à ma bouche.
Je l’avale.
 
Une deuxième la suit,
S’arrête sur ma fossette
Alors que je souris.
Je l’oublie.
 
Une troisième rejoint
Mon menton
Et glisse au sol.
Je la regarde.
 
Impossible de la distinguer
Parmi toutes ces gouttes
Qui forment une flaque,
Bientôt un fleuve,
Une mer,
Un océan.
 
C’est l’été.
Il pleut.

Et les cigales chantaient

Jour d’été
Jour de guerre
Jour daté
Jour sans air

Personne ne sait
Tout le monde erre
Enfant et mère
Dans un tramway

Maisons en bois
Nénuphar en fleur
Chien qui aboie
Saules Pleureurs

Foudre du Pacifique
Beauté cynique
Mort fatale
Mal banal

Plaies radioactives
Peaux carbonisées
Amours amputés
Douleurs vives

Un jour, un petit enfant tua des milliers d’autres petits enfants.
Et les cigales continuèrent à chanter.

 

*Photo d’un petit garçon et son chien à Hiroshima : https://www.dissident-media.org/infonucleaire/temoig_dr_hachiya.htm

Little man

You went home tonight
But nothing felt right
Vessel with no flower
Double bed with no partner
Poor your heart out, little man
Then, cry cry cry
You’d been burn by the sun
Blown by the wind
Wet by the rain
Carried of by the flood
But nothing feels like
Your inner earthquake
Poor your heart out, little man
Then, cry cry cry
See this little bird
Spreading its wings
Despite the lightening
Despite the blizzard
May this little bird inspires you, little man
Make you fly and cry, like a grown man
So fly fly fly
And when you’ll look down
Poor your heart out, little man
Then, cry cry cry

Mystique

Ordre cosmique
Et chaos universel
S’entrechoquèrent
Puis s’enlacèrent

De leur étreinte orgasmique
Naquirent des étoiles
Et des corps sphériques
En équilibre hydrostatique

Une année lumière, au hasard
D’un alignement quasi-mystique
D’acides désoxyribonucléiques
Surgit la vie, sur le tard

Mais quelques comètes sous opium
Firent fi des astres qui s’éteignent
Des trous noirs qui nous happent
Pour rêver d’Ad vitam æternam

Amen