Hitler lisait aussi.

Hitler lisait aussi. Un livre par soir. Le livre n’est pas LE rempart contre le mal. Le croire serait une erreur. Le mal est en nous et il nous appartient de le dompter et de le canaliser pour en faire une énergie créatrice. C’est peut-être cela un artiste, un dompteur de maux quand d’autres êtres n’échappent pas au pire et deviennent malfrat, assassin ou dictateur en croyant faire destinée. Lisez vos livres mais choisissez les différents. Tantôt cruels, tantôt humanistes. De la noblesse et du peuple. D’hommes et de femmes. D’Orient et d’Occident. Lisez, lisez, lisez. Lisez que vos yeux saignent. Imaginez ces vies que vous ne vivrez pas. Voyagez sur les terres que vos pieds ne toucheront pas. Traversez les mers et côtoyez les étoiles. Tombez amoureux mille fois et ne vous relevez pas, ce n’est que fiction. Enfin, si l’envie de faire mal vous vient toujours, prenez un papier et grattez un monstre, écrivez une satire et déchirez le tout pour en faire des flocons de neige, l’été. Et si rien ne suffit à calmer le vampire en vous, jetez un pot de peinture rouge, de un, deux ou cinq litres, sur le mur blanc de votre salon et hurlez comme un loup votre souffle de vie retrouvé. Alors vous pourrez retourner au monde réel, le voir de vos yeux rougis et l’aimer parce que bien plus que les livres, il est cruel, beau et bon.
Comme pour tout, il faut lire mais il faut lire bien.

En 2018, au Maroc, je vois de la violence quand on me raconte la tolérance

Goethe offre à l’Allemagne du XVIIIème siècle, l’une de ses plus belles maximes : « Le respect de nos semblables est la règle de notre conduite ». Elle nous annonce ce qui fait corps dans une société, ce qui est à l’essence d’un peuple uni, le respect.
Le Larousse le définit comme ce sentiment de considération accordée à l’autre, et qui porte à le traiter avec des égards particuliers. Le respect que l’on octroie à chacun révèle ainsi la valeur qu’on lui reconnaît et lui donne cet espace de liberté où son individualité pourra s’exprimer, sans le condamner à la clandestinité. Il arrive malheureusement que certains agissements, que certains préjugés qui gangrènent la société marocaine, fassent la preuve d’un manque de respect manifeste. Ainsi, près de 250 ans plus tard, cette règle morale n’est toujours pas nôtre.

 

J’écris en réaction à une vidéo qui refait surface sur les réseaux sociaux. Il s’agit d’un film où sont associés le micro-trottoir tenu par le podcaster marocain, Ghassan Bouhidou diffusé par Al Yaoum et un second micro-trottoir réalisé par AlAkhbar TV. Ils posent la même question : peut-on tolérer un Marocain non croyant ou un Marocain musulman converti à une autre religion ?

 

La réponse du seul tolérant : “Oui, je n’y vois aucun problème”,

La réponse des plus modérés : “Non, je ne peux pas le tolérer”,

La réponse des un peu moins modérés : “Non, il doit quitter le pays”,

La réponse des beaucoup moins modérés : “Je lui coupe la tête ou je le brûle”.

 

Celui qui élucide l’affaire dès les premières secondes est un garçon de treize ans, je dirai. Le tout premier interviewé, un homme d’une quarantaine d’années, venait d’expliquer que l’apostasie était intolérable. Ghassan renchérit alors et lui demande : « Si on ne peut pas tolérer un Marocain qui s’avoue non musulman, que faire de lui ? »  Le petit être s’immisce alors dans le champ, presque face caméra et répond avec une sorte d’évidence déconcertante, simple et basique : « On le brûle ». Ce à quoi ajoute l’interviewé : « On le brûle ou on le tue ». Pas de voix off rassurante cette fois-ci, car les adolescents en arrière-plan qui saluent l’objectif et le récompensent d’un sourire Colgate, soutiennent les propos tenus. Le podcaster, fin et intelligent, fait alors un parallèle avec Daesh : « Nous deviendrions comme Daesh. C’est Daesh ? On le brûle avec de l’essence ? » Inquiet de cette comparaison, sans répondre des moyens, le monsieur tout d’un coup se défend et réfute toute assimilation à l’organisation terroriste.

 

Nous pourrions passer au crible toute la vidéo, passant après passant. Il y a cet homme qui s’approche de la trentaine qui prévoit de couper la tête de son ami s’il apprenait son apostasie. Il y adjoint une note d’humour avec un « Bon appétit mon frère ! ». Il explique que même condamner à mort, il le tuerait. Et puis, il y en a d’autres, tant d’autres. Des jeunes femmes et des jeunes hommes éduqués, des bons pères de famille, des croyants pieux, des vieux messieurs à la barbe blanche et des inquiets pour les traditions. Des sans-dents et des sans cheveux.

 

À cela, j’ai deux interrogations. La première : Où est le respect en terre autoproclamée de tolérance? La deuxième : Où sont la loi, le juge et la police face à l’appel filmé au meurtre?

 

Je préfère être claire. Le sujet n’est ni le contenant ni les interviewers qui ne font que leur travail et que nous pouvons d’ailleurs remercier, car ils parviennent à faire émerger la partie immergée de l’iceberg pour nous le rendre plus visible. Nulle raison de prétendre que nous ne le savions pas. Le paquebot va heurter l’iceberg et tout le monde est au courant. Ghassan en particulier, qui est d’abord comédien, parvient comme à chaque micro-trottoir un coup de maître. Il établit très rapidement une relation de confiance avec la personne au bout du micro. Il la met sous tension dans un champ électromagnétique où elle a vite fait de basculer d’un côté ou de l’autre, pôle négatif, pôle positif. Il la jauge et lui révèle ses contradictions. Aucune question ne lui fait peur parce que son seul intérêt est le vrai. Il leur fait dire le vrai, le fond de leur pensée et c’est fort ! Nous sommes peu habitués à un tel traitement de la vérité dans les médias, c’est à souligner et à applaudir. Il me rappelle à ses débuts, un certain Desproges. Espérons pour lui, une aussi grande carrière et une vie plus longue !

 

Voltaire l’écrivait déjà dans Zadig ou la Destinée publié en 1747 : les hommes sont des insectes se dévorant les uns les autres sur un petit atome de boue. En 2018, au Maroc, je vois une société dure quand on me raconte une nation tolérante. Je vois un manque de compassion et une absence totale d’empathie quand les touristes rencontrent des Marocains généreux qui ouvrent grand leur porte aux étrangers. J’entends une violence féroce et meurtrière. Un philosophe disait : «Tolérer, c’est tolérer autre chose que soi». Nous n’y sommes pas. Pas du tout. Les juifs ont quitté le pays. Les non-croyants, ceux qui doutent ou qui changent de religion, suivent à présent le même chemin. Les pas cadencés de l’exode laissent leur trace sur la neige fraîche de cet hiver glacial et sans fin dans lequel est plongé notre pays. Ces gens à qui l’on promet feu et sang quittent, fuient et hurlent dans leurs tripes. Ils perdent une identité qu’on leur extirpe, car si tu ne crois pas en mon dieu, tu n’es plus mon frère. L’exil des différents est en cours, mais il ne faut pas s’y méprendre, ceux qui restent souffrent aussi. Certains souffrent, car ils sont seuls à présent à taire ce qu’ils sont, à noyer leur liberté de conscience dans les tréfonds de leur inconscient. D’autres, et nombreux sont-ils, souffrent de l’entre-soi, car ce mal aussi tue. Il asphyxie l’esprit critique, la soif de connaissance et l’imaginaire créatif. Finalement, la folie s’empare de tous.

 

Nos ministres ont largement pris la parole cette semaine pour expliquer que tout le monde avait sa place au Maroc tant que chacun vivait sa différence dans la discrétion de son chez-lui. Ils parlaient des homosexuels, des amants hors mariage, des dé-jeûneurs, des non-croyants et de toute personne hors la loi morale qui malheureusement s’exécute main dans la main avec la loi des juges et des législateurs. A ces puissants qui nous gouvernent, j’aimerais signifier que chez soi, il n’est nul besoin d’attendre l’accord d’un ministre pour être soi. J’aimerais assurer aussi que malgré toutes leurs lois, les esprits libres le resteront, même lynchés par une foule éduquée à la violence et au mépris de la différence, car la liberté a d’unique qu’elle ne se quémande pas, mais qu’elle s’arrache et qu’elle se vit sans autorisation.

 

Le siècle des Lumières tarde par ici et nous en sommes encore à appeler les morts d’autres contrées et d’autres temps, pour nous donner l’espérance d’une nation plus aimante. Voltaire, toujours lui, disait en 1763, dans le Traité sur la Tolérance : «La tolérance n’a jamais excité de guerre civile ; l’intolérance a couvert la terre de carnage». Ce à quoi a répondu Saint-Exupéry près de deux siècles plus tard : «Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser tu m’enrichis». Alors pour conclure, j’en appelle aux étoiles de cette nuit obscure, les Marocains artistes, écrivains, intellectuels du progrès, paysans, paysagistes et architectes, médecins et scientifiques, éclairez-nous, même d’une faible lumière, que l’on puisse travailler notre papier et lire les livres qui ont échappés à l’autodafé, rappelez-nous l’amour, l’amour de la vie et du souffle vital. Murmurez-nous le respect de l’autre, nous vous entendons.

http://dinwadunia.ladepeche.ma/2018-au-maroc/

Monde année zéro

2018, année de la remise à zéro des compteurs, de la reconstruction, de l’émergence du monde nouveau et de la relance des dés comme des chances. Peu de raisons me laissent présager une telle issue mais je préfère vous épargner mon pessimisme et répondre que je n’en sais strictement rien. A vingt-cinq ans, que puis-je vous apprendre que vous ne savez déjà? Rien. Et comme chantait l’autre, “Rien, c’est déjà beaucoup”.

Je voudrais partager avec vous, parce que je vous le dois, vous qui m’avez lue, qui m’avez donné le goût de l’écriture, qui avez nourri mes réflexions et que parfois j’ai attristé à dessin, l’enseignement que j’ai tiré de cette année enfin écoulée.

Certes, l’actualité m’a peinée. Non qu’elle soit plus grave que les précédentes années mais plutôt que je me sentis pour la première fois adulte et démunie, incapable de changer le cours tragique des événements. L’état de mon pays, que je résumerai par une misère économique et intellectuelle du peuple et de l’élite, m’a angoissée, et ce jusqu’au dernier jour. Aussi et je ne pouvais y échapper, j’ai pu souffrir des maladresses de ceux dont j’étais le plus proche.

Pourtant, je suis heureuse. Je le suis parce que j’ai beaucoup appris sur le comment des choses, du cosmos et de la vie. Je le suis ensuite parce que des artistes et des philosophes m’ont transportée le temps d’un disque, d’un roman, d’un film ou d’un essai dans un ailleurs que je ne soupçonnais pas et qu’au retour, j’étais changée. Je le suis enfin parce que j’ai été aimé par des êtres que je chéris sans mesure. Je décrirai ce bonheur comme une gratitude sincère d’être vivante sur Terre et d’appartenir à cet infini commun.

Ainsi, en 25 révolutions terrestres, j’en suis à la conclusion que seule une chose compte réellement dans la vie d’un homme : l’amour. S’aimer d’abord soi, aimer les autres ensuite et enfin aimer apprendre. Une vie menée ainsi ne garantit pas la plénitude comme un paradis appelé par d’autres Nirvana, mais assure certainement des instants d’extase, de jouissance et de bonheur fini. La vie ne pourrait dans ces conditions être vécue en vain et trouvera son sens dans ce qu’elle aura engrangé comme connaissances.

Pour bien finir l’année 2017 ou commencer 2018, j’aimerais finalement me rappeler qu’aujourd’hui, nous venons tous ensemble, embarqués sur le paquebot Terre, d’achever un tour complet autour du soleil et 365 tours sur nous-mêmes. Et ce n’est pas fini, car ensemble toujours et sans autre alternative que peut-être celle de devenir astronaute pour explorer l’univers, nous débutons un nouveau cycle fait de révolution, de saisons, de jours et de nuits. Dans de telles circonstances, une seule question me paraît pertinente : comment faire pour que le voyage se passe au mieux pour tous ?

Sur cette dernière interrogation, je vous embrasse tendrement et cette fois-ci, en particulier, je vous souhaite une bien heureuse année 2018.

Meilleurs vœux,
Hajar

Conte en post-scriptum

La Sultane des Royaumes Lubriques décida après des années de solitude à la tête des armées cupidonesques de se trouver un compagnon de marche vers les voûtes célestes. Ses soldats bâtèrent champs et villes à la recherche de l’heureux élu et posèrent en vain la même question à tous les valeureux en quête du cœur nanti: “Combien de révolution la Terre a-t-elle réalisée autour du Soleil?” Le futur Sultan devait prouver son esprit.

Beaucoup abandonnaient, certains tentaient leur chance et proposaient quelques chiffres extravagants, aucun ne trouvait. Il ne restait plus qu’un seul, retiré du monde, au sommet du mont le plus haut de la contrée. Aucun des soldats ne voulut faire le voyage que l’on affirmait des plus dangereux. La sultane exaspérée escalada elle-même cette montagne quand elle le vit : debout, admirant le coucher de soleil d’un jaune oranger qui redonnait tout son éclat au vert des arbres qui les saluaient par leur cime ; la lune, les étoiles et les lucioles se préparant à prendre le relais pour magnifier la nuit.

Depuis, dans la vallée, on contait la légende de cette sultane qui, éblouie par la vue, préféra répondre elle-même à sa question et éviter ainsi toute déception: “La Terre réalisa assez de révolution pour que je vous cherche et que vous me trouviez”. On ne la revit plus.

https://ladepeche.ma/monde-annee-zero/

La nuit

Transgressive, animale
Rêveuse, sentimentale
Lunaire, transcendantale
Ténébreuse, irritable
Instant où se fixe la mémoire
Des hommes et des serveurs
Moment où se réveillent d’autres
Quand tout s’endort
Elle est atrocement là
Sur les terres polaires
Six mois sans pique-nique las
Sans lueurs solaires
Parenthèse érotique
Représentation du Cid
Rappel du chaos extatique
Du néant, du silence, du vide