A La Gloire De

A quoi bon
A quoi bon se battre quand la fin est connue
A quoi bon, quand les calculs savants annoncent l’obscurité
La naine jaune s’éteignant dans cinq milliards d’années
Nous ne serions alors plus, si par ailleurs nous étions encore
Alors à quoi bon et au nom de quoi ?
 
Au nom de notre dignité
Êtres dotés de conscience et de mémoire
Nous n’échapperons pas à notre destin
Êtres de cœur et de raison
Héros las d’une tragédie française
Antigones dans un monde soumis
Défendre ce qui est juste
Envers et contre tout
 
Au nom de la transmission
Depuis l’école, à travers le livre et le maître
Délivrer la connaissance et éveiller l’esprit
Créer un intellect capable de résister
 
Pour Corneille, Molière et Racine
Pour Voltaire, Rousseau et Diderot
Pour Pascal, Pasteur et Curie
Pour De Gouges, Veil et Halimi
Pour Ferry, Jaurès et De Gaulle
Pour Flaubert, Maupassant et Hugo
 
A la gloire de l’esprit libre et critique
A la gloire du savoir et de l’intelligence
A la gloire de l’imagination et de la création
A la gloire du maître et de l’élève
A la gloire de l’élévation de l’être
 
Nous sommes et nous resterons
Même disparus, nous aurons existé
Nous sommes la communauté des Hommes Libres

En 2018, au Maroc, je vois de la violence quand on me raconte la tolérance

Goethe offre à l’Allemagne du XVIIIème siècle, l’une de ses plus belles maximes : « Le respect de nos semblables est la règle de notre conduite ». Elle nous annonce ce qui fait corps dans une société, ce qui est à l’essence d’un peuple uni, le respect.
Le Larousse le définit comme ce sentiment de considération accordée à l’autre, et qui porte à le traiter avec des égards particuliers. Le respect que l’on octroie à chacun révèle ainsi la valeur qu’on lui reconnaît et lui donne cet espace de liberté où son individualité pourra s’exprimer, sans le condamner à la clandestinité. Il arrive malheureusement que certains agissements, que certains préjugés qui gangrènent la société marocaine, fassent la preuve d’un manque de respect manifeste. Ainsi, près de 250 ans plus tard, cette règle morale n’est toujours pas nôtre.

 

J’écris en réaction à une vidéo qui refait surface sur les réseaux sociaux. Il s’agit d’un film où sont associés le micro-trottoir tenu par le podcaster marocain, Ghassan Bouhidou diffusé par Al Yaoum et un second micro-trottoir réalisé par AlAkhbar TV. Ils posent la même question : peut-on tolérer un Marocain non croyant ou un Marocain musulman converti à une autre religion ?

 

La réponse du seul tolérant : “Oui, je n’y vois aucun problème”,

La réponse des plus modérés : “Non, je ne peux pas le tolérer”,

La réponse des un peu moins modérés : “Non, il doit quitter le pays”,

La réponse des beaucoup moins modérés : “Je lui coupe la tête ou je le brûle”.

 

Celui qui élucide l’affaire dès les premières secondes est un garçon de treize ans, je dirai. Le tout premier interviewé, un homme d’une quarantaine d’années, venait d’expliquer que l’apostasie était intolérable. Ghassan renchérit alors et lui demande : « Si on ne peut pas tolérer un Marocain qui s’avoue non musulman, que faire de lui ? »  Le petit être s’immisce alors dans le champ, presque face caméra et répond avec une sorte d’évidence déconcertante, simple et basique : « On le brûle ». Ce à quoi ajoute l’interviewé : « On le brûle ou on le tue ». Pas de voix off rassurante cette fois-ci, car les adolescents en arrière-plan qui saluent l’objectif et le récompensent d’un sourire Colgate, soutiennent les propos tenus. Le podcaster, fin et intelligent, fait alors un parallèle avec Daesh : « Nous deviendrions comme Daesh. C’est Daesh ? On le brûle avec de l’essence ? » Inquiet de cette comparaison, sans répondre des moyens, le monsieur tout d’un coup se défend et réfute toute assimilation à l’organisation terroriste.

 

Nous pourrions passer au crible toute la vidéo, passant après passant. Il y a cet homme qui s’approche de la trentaine qui prévoit de couper la tête de son ami s’il apprenait son apostasie. Il y adjoint une note d’humour avec un « Bon appétit mon frère ! ». Il explique que même condamner à mort, il le tuerait. Et puis, il y en a d’autres, tant d’autres. Des jeunes femmes et des jeunes hommes éduqués, des bons pères de famille, des croyants pieux, des vieux messieurs à la barbe blanche et des inquiets pour les traditions. Des sans-dents et des sans cheveux.

 

À cela, j’ai deux interrogations. La première : Où est le respect en terre autoproclamée de tolérance? La deuxième : Où sont la loi, le juge et la police face à l’appel filmé au meurtre?

 

Je préfère être claire. Le sujet n’est ni le contenant ni les interviewers qui ne font que leur travail et que nous pouvons d’ailleurs remercier, car ils parviennent à faire émerger la partie immergée de l’iceberg pour nous le rendre plus visible. Nulle raison de prétendre que nous ne le savions pas. Le paquebot va heurter l’iceberg et tout le monde est au courant. Ghassan en particulier, qui est d’abord comédien, parvient comme à chaque micro-trottoir un coup de maître. Il établit très rapidement une relation de confiance avec la personne au bout du micro. Il la met sous tension dans un champ électromagnétique où elle a vite fait de basculer d’un côté ou de l’autre, pôle négatif, pôle positif. Il la jauge et lui révèle ses contradictions. Aucune question ne lui fait peur parce que son seul intérêt est le vrai. Il leur fait dire le vrai, le fond de leur pensée et c’est fort ! Nous sommes peu habitués à un tel traitement de la vérité dans les médias, c’est à souligner et à applaudir. Il me rappelle à ses débuts, un certain Desproges. Espérons pour lui, une aussi grande carrière et une vie plus longue !

 

Voltaire l’écrivait déjà dans Zadig ou la Destinée publié en 1747 : les hommes sont des insectes se dévorant les uns les autres sur un petit atome de boue. En 2018, au Maroc, je vois une société dure quand on me raconte une nation tolérante. Je vois un manque de compassion et une absence totale d’empathie quand les touristes rencontrent des Marocains généreux qui ouvrent grand leur porte aux étrangers. J’entends une violence féroce et meurtrière. Un philosophe disait : «Tolérer, c’est tolérer autre chose que soi». Nous n’y sommes pas. Pas du tout. Les juifs ont quitté le pays. Les non-croyants, ceux qui doutent ou qui changent de religion, suivent à présent le même chemin. Les pas cadencés de l’exode laissent leur trace sur la neige fraîche de cet hiver glacial et sans fin dans lequel est plongé notre pays. Ces gens à qui l’on promet feu et sang quittent, fuient et hurlent dans leurs tripes. Ils perdent une identité qu’on leur extirpe, car si tu ne crois pas en mon dieu, tu n’es plus mon frère. L’exil des différents est en cours, mais il ne faut pas s’y méprendre, ceux qui restent souffrent aussi. Certains souffrent, car ils sont seuls à présent à taire ce qu’ils sont, à noyer leur liberté de conscience dans les tréfonds de leur inconscient. D’autres, et nombreux sont-ils, souffrent de l’entre-soi, car ce mal aussi tue. Il asphyxie l’esprit critique, la soif de connaissance et l’imaginaire créatif. Finalement, la folie s’empare de tous.

 

Nos ministres ont largement pris la parole cette semaine pour expliquer que tout le monde avait sa place au Maroc tant que chacun vivait sa différence dans la discrétion de son chez-lui. Ils parlaient des homosexuels, des amants hors mariage, des dé-jeûneurs, des non-croyants et de toute personne hors la loi morale qui malheureusement s’exécute main dans la main avec la loi des juges et des législateurs. A ces puissants qui nous gouvernent, j’aimerais signifier que chez soi, il n’est nul besoin d’attendre l’accord d’un ministre pour être soi. J’aimerais assurer aussi que malgré toutes leurs lois, les esprits libres le resteront, même lynchés par une foule éduquée à la violence et au mépris de la différence, car la liberté a d’unique qu’elle ne se quémande pas, mais qu’elle s’arrache et qu’elle se vit sans autorisation.

 

Le siècle des Lumières tarde par ici et nous en sommes encore à appeler les morts d’autres contrées et d’autres temps, pour nous donner l’espérance d’une nation plus aimante. Voltaire, toujours lui, disait en 1763, dans le Traité sur la Tolérance : «La tolérance n’a jamais excité de guerre civile ; l’intolérance a couvert la terre de carnage». Ce à quoi a répondu Saint-Exupéry près de deux siècles plus tard : «Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser tu m’enrichis». Alors pour conclure, j’en appelle aux étoiles de cette nuit obscure, les Marocains artistes, écrivains, intellectuels du progrès, paysans, paysagistes et architectes, médecins et scientifiques, éclairez-nous, même d’une faible lumière, que l’on puisse travailler notre papier et lire les livres qui ont échappés à l’autodafé, rappelez-nous l’amour, l’amour de la vie et du souffle vital. Murmurez-nous le respect de l’autre, nous vous entendons.

http://dinwadunia.ladepeche.ma/2018-au-maroc/

Clap de fin

Le soleil à l’azur, l’horloge sonna le midi. La cloche de l’église aussi. Ils avaient fermé les rideaux de la chambre mais un filet de lumière leur avait échappé pour éclairer le visage de la dame allongée sur le lit. Peut-être avaient-ils peur que cette lumière ne la fasse plus vieille qu’elle ne l’était déjà.

De son oreiller, elle pouvait encore entendre la télévision allumée dans le salon. Elle reconnaissait Hercule Poirot, sur France 2. C’était la scène finale, la scène de vérité. Il rappelait comment tous étaient suspects quand un seul était coupable. C’était le cousin germain qui avait assassiné la tante, froidement. Une sombre histoire d’héritage.

Le détective quitta la pièce, remit sa moustache en place et sourit à la caméra. Personne ne résiste aux petites cellules grises d’Hercule Poirot ! Clap de fin. Elle ferma les yeux. Elle pouvait mourir en paix.

Pour un idéal français qui se soucie du réel

Ce texte est le résultat de ma participation au concours La Parole Aux Etudiants organisé par Le Cercle des Économistes.

http://lesrencontreseconomiques.fr/2016/resultats-de-lappel-a-idees-2016/

En 1989, le mur de Berlin s’effondre, avec lui l’URSS. L’idée d’un monde nouveau de liberté et d’innovations s’installe dans les esprits. Les progrès sociaux et technologiques donnent l’impression d’une corrélation intrinsèque. Le 11 septembre 2001 sonne le glas de ce rêve asymétrique et rappelle au monde les mondes divers, violents et parfois culturellement opposables qui le font et ont le pouvoir de le défaire. L’invasion de l’Irak en 2003 démarre l’aube de nos heures sombres. 500000 morts plus tard, la pelote moyen-orientale ne se démêle plus.

Aux temps moyen-âgeux de la guerre répond le temps supersonique de la nouvelle ère de l’information. En 1999, Google gère 3 millions de requêtes journalières contre 3 milliards aujourd’hui. En 2007, elle est rejointe par Facebook dans la course à la disruption des modes d’accès et d’échange de l’information. La même année, Lehman Brothers entraîne dans sa chute les marchés américains, puis européens et enfin mondiaux. Jamais les élites défaillantes n’ont été autant médiatisées et jamais les sentiments d’impunité et d’injustice n’ont été aussi partagés. Les sociétés sont à leur tour ébranlées. Là où nous avons espoir de pensées, nous retrouvons populisme, fait religieux, patriarcat et nihilisme publicitaire. Jeunes et moins jeunes, où qu’ils soient du monde moderne, sont las de réfléchir.

Voici l’épopée de l’époque contemporaine : révolution de l’information, avancées importantes des droits civiques et victoire de l’économie de marché. “Et maintenant on va où “? Nos interrogations défilent dans ma tête. Que va-t-il advenir de l’homme une fois l’automatisation du travail achevée ? Pensez-vous qu’il y ait choc de civilisations ? Ou bien sommes-nous seulement contraints de vivre sous violences terroristes ? Et surtout, que va-t-il advenir de la Femme, première victime de la précarité, du fait religieux et du populisme ?

Alors que pouvons-nous attendre de la France dans ce monde de turbulences ? Que doit-elle à son peuple ? Que doit-elle au reste du monde ? L’histoire et l’expérience de la vie montrent qu’il n’y a rien à attendre de personne, il y a à faire. Qu’avons-nous donc à proposer à la France ?

 

Douce France

J’ai eu la chance de rencontrer la France très jeune. J’avais huit ans, c’était au Maroc à l’école, j’ai appris ma première balade, Douce France. Ce n’était pas le pays de mon enfance mais celui de mes escapades. J’ai réussi quelques années plus tard, le test d’entrée en 6ème du lycée français de Casablanca. Ce fut absolument incroyable, cette impression chaque matin de traverser les frontières de l’espace, du temps et de l’esprit. Cosette, Meursault, Emma Bovary et Julien Sorel éveillent votre conscience sociale ; la Révolution Française, l’Humanisme du XVème siècle et les affreuses guerres -mondiales et de décolonisation- construisent votre engagement politique. Les philosophes des Lumières m’ont bouleversée, Jules Ferry m’a trahie et c’est comme cela que j’ai aimé la France passionnément, à la folie.

 

Bonjour Tristesse

Plus tard, pendant mes années préparatoires en France, j’ai découvert une France qui a peur. 2011, la crise bat son plein et personne n’est d’accord. Là-bas c’est quand même mieux qu’ici, ici c’est quand même meilleur que là-bas. Et avant alors ? Avant c’est tout de même moins bien qu’après, après c’est pire qu’avant ! J’ai entendu des débats stériles alors que de l’autre côté de la Méditerranée se jouait un certain avenir du monde. La France voulait croire après des siècles de voyages, de rencontres et de colonialisme, que tout cela ne la concernait pas. Le American Dream, certains le rêvaient en France. Résoudre les problèmes par les bombes paraissait une bonne solution. La Silicon Valley semblait aussi une curiosité imprévue, un miracle américain. Pourtant tout l’avait préparée, tout y avait contribué : les recherches scientifiques depuis l’antiquité, les courses à l’armement du XXème siècle, l’empire communiste chinois, l’Inde (nouveau bureau du monde), les inégalités résultant de la mondialisation, enfin l’explosion de l’exploitation des énergies fossiles arabes et des mines africaines… Au même moment, la France voulait croire que le réveil identitaire sauverait son honneur. Bonjour Tristesse. Je ne l’ai pas lu, mais je l’ai pensé fort.

 

Candide

Tout ne va pas bien dans le meilleur des mondes. Le World Happiness Report a livré il y a quelques jours son classement des pays les plus heureux. La France y est 32ème. Depuis le premier rapport en 2012, elle a perdu 9 places. Les pays qui la devancent sont occidentaux, avec des régimes démocratiques et économiquement stables et riches, mais pas forcément plus riches que la France, VIème puissance mondiale. Suffira-t-il de baisser la courbe du chômage pour retrouver le sourire? Mis à part celui du président, je n’en suis que peu sure. Est heureux celui qui réalise sa destinée.

La France, qu’est-ce que c’est ? C’est une histoire, liée à une première civilisation, celle du roi Clovis et de Sainte Geneviève, suivi des Lumières et de la Révolution Française, constituée par des Républiques, un empire colonial africain et des guerres violentes. C’est aussi un système de valeur qui tient au présent : Liberté, Egalité, Fraternité. Je rajouterai comme le fait toujours le philosophe Michel Onfray, Laïcité et Féminisme. Les pays nordiques trouvent leur bonheur dans le progressisme et le désengagement du monde. Les pays anglo-saxons l’entretiennent par l’impérialisme libéral. Et si la France décidait de réaliser son bonheur par le progressisme social et l’engagement pour et dans le monde(1). Candide s’échappe de la réalité brutale en se retirant dans son jardin, Voltaire fera de même en Suisse. Faut-il suivre l’exemple ? Je pense à mon séjour à Pondichéry, ancien comptoir français. Encore une fois, en m’y baladant, j’étais tombée en amour pour la France, celle qui sublime ce qu’elle n’est profondément pas. Cultiver son jardin et explorer puis célébrer des parcs floraux et des forêts luxuriantes loin de ses terres, c’est possible aussi, n’est-ce pas? La réalisation de sa destinée, Liberté, Egalité, Fraternité, Laïcité et Féminisme sera seule garante du bonheur de la France(2).

 

Ethique pour la visée d’une vie accomplie

La même étude sur le bonheur commandée par l’ONU indiquait des axes d’amélioration : l’éthique laïque et le développement durable.

Paul Ricoeur écrit dans Soi-même Comme Un Autre : “C’est donc par convention que je réserverai le terme d’éthique pour la visée d’une vie accomplie et celui de la morale pour l’articulation de cette visée dans des normes”. L’éthique est en réalité Révolution, elle agit comme coupure pour faire naître le nouveau monde, c’est ma théorie. Elle le fait par le questionnement continu et transdisciplinaire des problématiques posées à une société. Innovation et Révolution ne sont pas dans la découverte scientifique ou économique ni même dans la découverte intellectuelle, mais dans l’usage protecteur ET libérateur qu’il en est fait.

Entre Tu ne tueras point, tu prieras et Tu ne tueras point, tu achèteras, il y a une alternative : Tu ne tueras point, tu vivras. Vivre c’est faire l’expérience sensible de la vie sans oublier de la penser. Aujourd’hui, la politique est devenue communicante, le public, administratif et l’économie, ensemble de faits et se sont échappés à la pensée. La France que je connais, s’arrache de sa condition et tue le père. Elle coupe la tête du roi en 1793, se sépare définitivement du pape en 1905 et provoque la démission en 1969 de celui qui a sauvé son honneur en 1945. Je ne vois pas d’autre terre mieux préparée à l’éthique laïque, en fera-t-elle le pari ?(3).

Imaginons ensemble une France où des groupes d’employés ou de citoyens sont tirés au sort pour prendre les décisions impliquant le commun. Imaginons ensemble une France où des comités d’éthique indépendants, composés d’individus de parcours divers, nuancent les décisions de tel ou tel groupe industriel devant la loi et les médias. Enfin, imaginons ensemble une France où partout les philosophes animent chaque dimanche après-midi au sein d’une agora des débats économiques et sociétaux. Il s’agit de mettre à mal l’expertise au profit de la pensée transdisciplinaire et le schéma maître élève pour un partage horizontal et consensuel de l’information. En décentralisant les prises de décisions, en mettant à plat les systèmes hiérarchiques et faisant appel à l’intelligence collective et singulière, l’éthique laïque transformerait la société française pour une plus grande confiance dans les institutions et dans l’avenir. Ce serait l’occasion pour La France d’impulser une nouvelle ère européenne, celle des Lumières(4).

 

L’Origine du Monde

J’aime ce tableau de Courbet. J’aime ses formes généreuses, le sein timide, le pubis effronté, sa pilosité adulte assumée et le visage caché. C’est l’une des plus belles célébrations du plaisir. J’aime savoir qu’il est exposé dans la ville où j’habite, au musée d’Orsay à Paris. Je rejoins l’actrice iranienne Golshifteh Farahani quand elle explique que «Paris est le seul endroit de la planète où les femmes ne sont pas coupables.» Voici quelque chose de précieux à préserver.

Deux problématiques féministes majeures attirent mon attention : la précarité financière et la violence physique, toutes deux subies par les femmes. Les femmes sont de plus en plus éduquées et ont en moyenne un meilleur accès au monde du travail, seulement, elles sont toujours en première ligne dès qu’il y a une crise économique. La robotisation du travail n’arrange en rien leur situation. Les premiers emplois à disparaître sont administratifs, emplois essentiellement féminins. Enfin à la maison et rien qu’en France, les femmes travaillent 10 à 12h de plus que les hommes. Par ailleurs, l’ONU estime que, dans le monde, une femme sur cinq sera victime de viol ou de tentative de viol au cours de sa vie. Les viols et les attouchements sont subis très jeunes pour certaines, et plus tard pour d’autres, souvent infligés par le conjoint lui-même. Les femmes s’inquiètent de voyager seules par peur des prédateurs. Si ce n’était que cela… Les “Fantine” existent toujours, les “Cosette” aussi, en France et partout sur la planète. Nous sommes des lions et nous aurions pu être des manchots empereurs.

Liberty and Education are the girls best friends ! Et nous avons besoin de voix pour défendre cette vision sur la scène internationale. Une politique étrangère féministe à la suédoise serait très bienvenue. La France et la Suède construiraient le noyau dur de l’Europe féministe(5) et apporterait un meilleur équilibre des voix entre pro et anti-féministes dans le monde. On en est encore loin car cela nécessite une exemplarité interne tout aussi souhaitable mais qui suppose une large adhésion des politiques majoritairement masculins et plutôt insensibles à la douleur féminine.

 

Résidents de la République

Insensibles, ne le sommes-nous pas tous un peu ? Face aux drames des réfugiés syriens et des migrants économiques illégaux, face aux difficultés des plus pauvres en France, face au travail des enfants en Chine et à la mort des mineurs congolais pour la fabrique de nos smartphones… Résilience et épuissement de la compassion. Enfin, quelque chose me retourne l’estomac, les attentat de Paris. 130 morts plus tard, nous nous demandons ce qui s’est bien passé pour en arriver là. Malheur à nous !

“Aujourd’hui, nos regards sont suspendus

Nous Résidents de la République.“

Engagés plus haut pour l’éthique laïque, le féminisme et l’Europe des Lumières, il est le moment de penser l’économie. Le capitalisme c’est la séparation du travail et du capital. L’argent rapporte de l’argent à celui qui possède les moyens de production. L’humain chargé de tourner les machines est salarié. Le travail a donc pour finalité d’augmenter le profit. Le libéralisme économique suppose l’économie de marché, c’est à dire une régulation déterminée uniquement par l’offre et la demande. Le libéralisme politique prône pour sa part la liberté des individus et contraint le politique à ses fonctions régaliennes. Le cocktail entre capitalisme et libéralisme est détonnant. C’est la mondialisation. Les marchés internationaux sont ouverts, l’argent roi, les biens et les services circulent à tout va et les états sont hors jeu. La liberté de ceux qui possèdent le capital est décuplée. La question de savoir si le travail asservit ou libère l’homme, traitée en terminale en cours de philosophie, est obsolète. Le sujet aujourd’hui est principalement celui de la consommation. Tu ne tueras point, tu achèteras. C’est ce qui aboutit à la crise des subprimes en 2007. Je ne suis pas viscéralement anti-capitaliste ou anti-libérale. L’exemple chinois calme rapidement mes ardeurs et mes emportées lyriques pour une société égalitaire.  

D’autres voies sont par contre louables et méritent qu’on s’y intéresse. Je pense au Kerala, état indien à mille lieux de la réalité des états indiens du Nord. Je dis toujours que j’y ai vu Mowgli et le paradis. Avec 33 millions d’habitants, il réalise le meilleur IDH de l’Inde (équivalent du Bahrein 45ème au classement mondial). Pourtant, c’est l’état avec l’un des plus faibles PIB/habitant. Ils ont fait le pari de la santé, de l’éducation et de l’émancipation des femmes avant celui de la richesse économique. Et aujourd’hui, cela paie. 92% de la population est alphabète contre une moyenne de 50% dans le reste de l’Inde. C’est ce que j’appelle le développement durable. Depuis 30 ans, le parti communiste et le parti libéral s’alternent à chaque élection et dans la radicalité de leurs propositions, le peuple trouve son compte. Enfin, les économies collaboratives et solidaires, existent depuis toujours au Kerala sans nul besoin de révolution numérique. Seule ombre au tableau, un million d’entre eux ont immigré dans les pays du Golf et contribuent de l’ordre de 20% aux revenus de l’état en allant chercher le capital là où il s’accumule pour pouvoir enfin le re-distribuer. Il y a beaucoup à apprendre d’un état qui met l’homme au dessus des indicateurs financiers. La France est en proie à de profondes remises en question concernant son modèle social unique, encore faut-il analyser les bons indicateurs pour prendre les bonnes décisions. J’ai espoir que la société française s’engage pour la diversité des solutions et le développement durable(6).

 

J’ai espoir que la France lise le darwinisme social différemment des ultra-libéraux qui pensent que seuls les plus forts (riches) survivent. Les plus solidaires vivent mieux.

 

(i) 6 propositions pour un idéal français qui se soucie du réel.