L’homme aux cheveux longs

Elle le dévisageait, surprise
Par la dureté de ses traits anguleux
Contrastant avec ses longs cheveux
Qui se mouvaient au gré de la brise
 
Il portait des lunettes de soleil
Un chapeau de cowboy en daim
Sa guitare acoustique à la main,
Et jouait une mélodie composée la veille
 
Derrière lui, elle apercevait la mer
Des voitures qui gâchaient le paysage
Des gens dispersées sur le passage
Au rebord de ce long couloir vert
 
Le spectacle de cette voix écorchée
Chantant l’étoile de soufre
Brûlant jusqu’au gouffre
La fit enfin chavirer
 

L’Eden perdu

Il était une fois un homme qui aima Dieu si fort
Qu’il en oublia d’aimer les hommes.

Il chérit l’au-delà avec tant d’ardeur
Qu’il en oublia de chérir la vie.

Il portait le sacré si haut et si loin
Que tout ce qu’il approchait devenait profane.

Ni le ciel orageux, ni l’azur bleu ne pouvaient
Le consoler de la quiétude de l’Eden perdu.

La marche de l’Homme

Aux premières lueurs du soleil

Homme lève-toi et marche

Car de nous jamais le ciel

Ne fut si éloigné et si proche

Prends les armes du salut,

Ta conscience, ta dignité et tes amours

Et porte les à ton cou tels des totems de l’absolu

Puis cours à en perdre le souffle après ta seule bravoure

La vie, malicieuse, t’apprendra la tristesse

Quelquefois  joyeuse t’offrira le simple bonheur

En retour, tu lui feras le sacrifice de la paresse

Pour forger des lendemains heureux de lenteur

Parce qu’il est vrai et qu’à raison et à tort,

Le présent nous entraîne comme par malédiction

Dans les abysses de notre prochaine mort,

Onde invisible crainte et maudite avec passion

Alors n’oublie pas de t’arrêter et d’observer

Cet horizon de plaines, de montagnes et de mers

Il te rappellera ceux qui t’ont et que tu as aimés

Et ranimera parfois des souffrances toujours amères

Tu reviendras alors à la vie et savoureras à pleine bouche

Thés et vins, pigeons et bœufs, légumes et fruits

Puis comme les petits hommes, tu rentreras à la ruche

Pour enfin apprécier les songes de la nuit