Et les cigales chantaient

Jour d’été
Jour de guerre
Jour daté
Jour sans air

Personne ne sait
Tout le monde erre
Enfant et mère
Dans un tramway

Maisons en bois
Nénuphar en fleur
Chien qui aboie
Saules Pleureurs

Foudre du Pacifique
Beauté cynique
Mort fatale
Mal banal

Plaies radioactives
Peaux carbonisées
Amours amputés
Douleurs vives

Un jour, un petit enfant tua des milliers d’autres petits enfants.
Et les cigales continuèrent à chanter.

 

*Photo d’un petit garçon et son chien à Hiroshima : https://www.dissident-media.org/infonucleaire/temoig_dr_hachiya.htm

Tokyo, mon amour

C’est comme nous y étions, la rue se mit à bouger, et elle s’en alla. La secousse ne fit d’abord aucun dommage. La journaliste, en direct depuis la capitale japonaise, se voulait rassurante. Elle souhaitait continuer son duplex avec Paris. « Les présidents français et américains se sont entretenus une seconde fois ce matin au sujet du conflit syrien. » Soudain, on vit la dame se balancer de droite à gauche puis de gauche à droite. Elle hurlait dans son micro qu’un séisme avait lieu à Tokyo. Les japonais disciplinés s’installèrent sous les voitures, sous les tables extérieures des restaurants ou sous un banc public à l’ombre d’un cerisier. Pas un cri. La deuxième secousse en appela une troisième, puis une quatrième. La caméra était à terre. On pouvait voir l’enfant et sa mère sous la Toyota Lexus 500. Pas une larme. Dix minutes plus tard, personne n’osait sortir de sa cachette. Puis un homme, soixante ans peut-être, se rapprocha de la caméra, fixa l’objectif et déclara : « Tokyo, mon amour, je t’aime ».

“C’est comme nous y étions, la rue se mit à bouger, et elle s’en alla.” phrase extraite de Qui Je Fus par Henri Michaux, 1927