Amour

Tu m’entends, écoute-moi
Je t’aime, je t’aime, je t’aime
Je vais te le crier, tant pis
Partout, sur les toits de Paris
Mais mon Dieu que je t’aime
Je suis fou de toi
 
 
Cruellement
Jalousement
Avidement
 
 
Shemsi, je t’aime
Mon soleil, ma lune
Pour toi, je brûlerai même
Mes cendres dans l’urne
 
 
Ma Vénus, ma Saturne
Toi et moi, c’est le feu des étoiles
Le crash des comètes sur Neptune
Les trous noirs sous les voiles
 
 
Allez viens, je t’en prie
Donne-moi ta main
Je ne la lâcherai plus, promis
Crois-moi comme un saint
 
 
Crois-moi comme je te vénère
Crois-moi, t’aimer est un enfer
 
 
Tu le vois l’océan sauvage
Tu les vois ces vagues
Elles se cassent sur la plage
À la vue de tes pieds qui dansent
Comme je me fracasse
Devant le dessin de ton visage
 
 
Aime-moi
Parce que moi, je n’aime que toi
 
 
Ensemble, nous irons à Delhi
Nous grimperons l’Himalaya
Nous visiterons le Dalai Lama
Avant de nous perdre en Mongolie
 
 
À pied sur la route
Puis dans une yourte
Où je serai ton seul amant
Pour te faire trois enfants
 
Alors si toi aussi tu m’aimes
Écris moi une lettre
Au 36 quai des Êtres
Amour, je t’aime

Capitaine, ô capitaine

À l’aube d’un matin d’hiver,

Amarrés dans la chaleur de nos corps

Somnolents et endoloris par l’enfer

D’une nuit où nous vaguions loin du port,

Je murmure ton nom cent fois crié hier

Pendant que tu flattes ma peau, fier

De ressusciter la houle sommeillant en moi

Et de subir de doux assauts, preuves de mon émoi.

Alice, je le jure, ne se réveillera pas, pas encore

Pas avant de partager un dernier corps à corps.

Quand les volets ouverts et les cartes rabattues,

Nous sommes fin prêts pour un pain perdu.

Midi arrive, tes baisers comme tes roses,

Promettent monts et merveilles.

La porte claque, tu t’en vas et alors j’ose

Croire en un éternel sommeil.

Réalité ou fiction ?

La destination rimerait-elle avec mirage ?

Capitaine, ô capitaine, où nous emmènes-tu avec cet attelage ?

Au pays de la passion.

Rebelle

Il faisait froid. Le vent soufflait. Il faisait gris. L’iode sentait fort. Il pleuvait. La nature était en représentation. Elle dansait, du plus profond des océans jusqu’au plus haut du ciel. Elle chantait avec mille et un instruments à ses côtés. Le tonnerre grondait et les vagues de la vaste et sombre étendue se fracassaient sur la plage. C’était une soirée de communion.

D’abord le froid, ensuite le vent, puis la pluie, suivie par l’éclair et enfin le tonnerre. Petit à petit, la mer s’excitait, s’extasiait et s’invitait à la fête. Elle était déchaînée. La nature semblait vivante, elle respirait, criait et buvait. Elle jouait une pièce de théâtre où le bien et le mal ne formaient qu’un, quelque chose proche de la passion.

Elle se sentait exister et le faisait savoir. Fini de voir les autres vivre, elle poussait chacun à rentrer chez lui. Les fourmis étaient en alerte, en avant toutes, à la fourmilière. La pie retrouvait son nid. Les chiens se réfugiaient auprès de leur maître. Et les hommes s’enveloppaient sous une couverture bien chaude et bien douce.

Sabya, émerveillée par ce qu’elle voyait, courait vite, vite et encore plus vite pour atteindre cette même énergie, pour posséder à son tour cette pulsion. Elle rêvait d’être cette nature là, cette déesse. Elle sentait la liberté la porter sous l’impulsion de ses pas. Plus rien, ni personne ne pouvait la retenir. Elle était en transe comme possédée par un force chamanique étrange.

De loin, on pouvait la voir, cette petite fille qui galopait, sa longue queue de cheval se balançant de droite à gauche. Ses yeux marron noisette brillaient à la lueur de la lune. Sa petite bouche rouge, grande ouverte, essayait d’attraper toutes les gouttes d’eau du ciel déchaîné quand soudain elle fût prise de vertige. Il était là devant elle, majestueux: l’océan. A la lumière d’une lune embrumée, elle observait ce noir, elle l’entendait surtout. Loin de l’effrayer, il lui inspirait la vie.

Elle s’allongea sur le sable et regarda le ciel. Aucune étoile. Il était dense, on pouvait s’y perdre. Mais ce ciel était différent des autres, il ne rappelait pas l’univers et la petitesse de la Terre, simple astre parmi les astres. Cette fois-ci, par le brouillard, les grondements et la pluie qui s’abattait sur elle, il lui démontrait sa grandeur. Elle pensa : la nature est notre déesse et moi je serai son esclave à jamais. Elle ne voulait pas céder à l’appel des songes, mais ses paupières, répondant à l’appel de son esprit épuisé par ce grand manège, décidèrent pour elle. Elle s’endormait sans rêver. Ses délires inconscients, elle les connaissait.

Quelques rayons de Soleil lui caressèrent timidement le visage. Son corps se réchauffait lentement. Un sentiment de douce volupté l’enveloppa tout entière. C’est à ce moment-là qu’elle tressaillit, ses muscles faisant le deuil du froid de la nuit. Elle se réveilla et vit au loin le firmament azuré. Il paraissait si clair, si limpide. Elle entendit une vague se casser sur le rivage, dernier vestige de la soirée. Elle s’assit et fut étonnée de ce calme qu’elle connaissait pourtant si bien. La fête était bel et bien terminée, il était tant de rentrer.

Elle marchait langoureusement. Des soirées comme celle-là ne se produisaient qu’une seule fois en cette saison. En attendant, elle y pensera parfois, feignant d’aimer l’été, sa tranquillité et le déferlement de citadins en quête de leur nature d’êtres naturels.

(Texte écrit en 2010 et repris et corrigé pour contre-temps)